mille feuille indigeste...

Publié le par Arnaud

Le conservatisme a la peau dure. Quand les premières propositions de la commission Balladur ont commencé à filtrer sur la réorganisation administrative de la France - en particulier sur le regroupement de certaines régions -, René Souchon, président (PS) du conseil régional Auvergne, s'est immédiatement insurgé et a été derechef appuyé en ce sens par celui qui brigue sa place en 2010, l'UMP Brice Hortefeux. Refus unanime au nom d'une "identité régionale" supposée menacée ! Triomphe de l'esprit de clocher ! La région Auvergne pourrait en effet fusionner avec sa grande voisine, Rhône-Alpes. Ce qui est plutôt de bon sens : la petite région Auvergne (1,3 million d'habitants et une seule ville de plus de 100 000 habitants, Clermont-Ferrand) n'a pas la "taille critique" pour répondre toute seule aux enjeux de l'époque et, qu'on le veuille ou non, elle est économiquement tournée vers la métropole lyonnaise.


Des réactions identiques ont eu lieu en Picardie ou en Poitou-Charentes. Les conseillers généraux qui craignent la disparition de leur petite propriété cantonale sont tous crocs dehors. Les départements ne veulent pas fusionner au nom d'une histoire qui remonte à Napoléon... Chicayas politiciennes et crispations corporatistes se déchaînent, chacun supposant chez l'autre de noires arrières pensées. Où est l'intérêt général dans ces misérables défenses du petit périmètre de pouvoir ?


Oui, il y a en France un empilement de structures administratives enchevêtrées - le fameux "mille-feuille" - qui complique les choix, paralyse les décisions et dilue les responsabilités. Au moment où la crise du modèle de développement de nos sociétés se joue des frontières et appelle l'ardente nécessité d'une coopération généralisée pour la reconversion de notre système, l'organisation territoriale telle qu'elle s'est vitrifiée en France constitue un frein majeur : les Régions sont souvent trop étroites ou découpées sans cohérence; les cantons et les départements sont des structures désuètes qui entretiennent le clientélisme politique, se contentant de distribuer du fric et n'obéissant qu'à une logique de guichet (sous prétexte de proximité); les différentes formes d'intercommunalité manquent de légitimité démocratique, donc d'amplitude; les grandes villes oublient leur périphérie... Résultat : les collectivités territoriales patinent dans le pudding, elles s'encalaminent dans leurs rivalités.


Sans doute les propositions de la commission Balladur doivent-elles être discutées, complétées, amendées. Voilà un grand débat de société où la démocratie participative trouverait matière à s'employer. Grand Paris ou pas, par exemple, il n'y a pas de réponse simple. Mais, avant d'entrer dans le détail du dispositif, forcément complexe et polémique, il faut choisir l'orientation, savoir quelle direction prendre. Soit on en reste à une posture de "résistance" à partir du vieux trépied commune-département-nation, soit on s'engage dans une réorganisation fondée sur le partenariat Europe-Régions-intercommunalité.


De notre point de vue, cette deuxième option est la seule possible car elle inscrit l'avenir au bon échelon, c'est-à-dire au sein d'une Europe à vocation fédérale appuyée sur des régions puissantes organisant, au plus près des besoins quotidiens, réseaux de villes et bassins de vie diversifiés (les "pays" créés par Dominique Voynet et trop vite enterrés). C'est la seule orientation qui soit à même d'engager et d'encadrer des politiques structurantes capables de répondre aux défis écologiques, économiques et sociaux tels qu'ils se posent aujourd'hui.


Jean Paul Besset, Europe Ecologie

voir ma note à ce sujet ici et tout le rapport Balladur ici

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