Flamoval : argumentaire des Verts Flandre Acte 3
A la lumière de la revue scientifique du GIEC, trois points peuvent être relevés pour guider le choix public sur la question des changements climatiques.
i. Tout d’abord, les politiques publiques ont-elles mis en place des moyens pour la limitation des déchets à la source ?
ii. Se sont elles placées au maximum des possibilités du recyclage, à la fois sur le plan immédiat et dans une logique de progrès continu sur les prochaines décennies ? A-t-on pris en compte l’évolution probable des technologies et des besoins industriels ?
iii. Une fois ces deux exigences fortes remplies, ont-elles choisi la mise en oeuvre de technologies permettant de limiter au maximum les émissions ?
i. La réduction à la source
Pour juger des priorités, il faut recenser les actions spécifiques et les moyens mis en place. Une caractéristique importante d’une telle politique est de s’allier aux acteurs locaux de la réutilisation et du recyclage, comme par exemple l’association Emmaüs. Il s’agit donc d’une obligation de moyens, que l’on peut évaluer notamment en recensant d’une part les lignes budgétaires affectées à l’évitement des déchets à la source ou au recyclage, ou encore aux conventions passées avec des acteurs qui contribuent à ces politiques. La question de la tarification des collectes est également un facteur essentiel pour juger de la pertinence des politiques menées. A en juger par les documents présentés, ces politiques sont absentes actuellement des préoccupations des promoteurs de l’incinération.
La réduction des déchets à la source ne peut être décrétée, diront les sceptiques. Elle ne peut non plus être exclue d’emblée, surtout sur une aussi longue période. Ainsi, la consommation d’eau par les ménages en France diminue régulièrement sous l’impact notamment des tarifications, des technologies innovantes et de la conscience accrue des consommateurs. Les services publics s’adaptent et se modernisent face à ces changements des modes de consommation. Ceci est également le cas pour les services publics de distribution d’électricité face à la diminution programmée des quantités consommées par les ménages16. Pourquoi exclure une telle évolution dans le domaine des déchets ? Il serait donc risqué, comme le fait le projet Flamoval, de tabler sur une production constante des ménages durant les trente prochaines années.
ii. Les recyclages
Les projections utilisées pour Flamoval considèrent que le recyclage sera de 50% au plus sur le long terme, alors que le taux actuel est déjà de l’ordre de 40%. Mais ce pourcentage ne concerne que des opérations déjà existantes par ailleurs, que l’on généralise. On peut également faire remarquer que l’idée de valoriser les matières organiques dans un centre de valorisation spécifique (CVO) est mentionnée dans les documents de présentation du projet Flamoval. Cependant, l’étude n’a même pas été programmée. Ce centre est entièrement au conditionnel, et n’a été ajouté que pour répondre aux objections des opposants puisqu’il n’a pas d’existence même sur le papier.
Du point de vue de l’émission de gaz à effet de serre, la question posée sur le recyclage est l’utilisation que l’on aurait pu faire des matières combustibles dans d’autres filières, ce qui permet de calculer un bilan net. La conséquence principale du choix de l’incinération est que ni les plastiques mélangés ni une grande part des papiers cartons ne sont recyclés. Or ces combustibles peuvent de plus en plus être utilisés pour des activités industrielles qui remplacent notamment du charbon ou d’autres combustibles. Ces combustibles sont également essentiels dans le processus d’incinération, et leur recyclage supplémentaire remettrait en cause le fonctionnement de Flamoval.
Ceci concerne aujourd’hui principalement les cimenteries dans la région, mais pourrait représenter une perte d’opportunité pour l’industrie sidérurgique, dont l’importance stratégique est très supérieure pour notre région. La collecte séparée des plastiques (polyoléfines) même souillés peut en effet représenter une alternative intéressante au coke. Avec la fin de l’usage des PVC (ce qui limite les dérivés chlorés), les plastiques mélangés sont en effet une source très concentrée d’hydrocarbures que l’on se doit d’envisager pour l’avenir de la sidérurgie. L’enfournage des plastiques est en effet déjà une réalité industrielle massive au Japon. Dans ce pays, ce sont 600 000 tonnes d’équivalent CO2 qui sont économisées chaque année en utilisant des plastiques prétraités dans des fours à coke et dans des hauts-fourneaux. Ceci est particulièrement intéressant dans un environnement de type Kyoto prolongé où les émissions carbonées sont taxées ou affectées par des systèmes de permis échangeables. L’acier est en effet une des industries les plus mondialisées, dont l’avenir est conditionné par le régime international en vigueur sur les émissions.
Les choix de coopération entre les collectivités et l’industrie –avec l’exemple du réseau de chaleur qui chauffe plus du quart de la Ville de Dunkerque- peuvent avoir une influence bénéfique sur la pérennisation de ces activités dont la marge est limitée. Toutes les ressources financières sont bonnes à prendre, avec dans ce cas à la fois une redevance pour le chauffage, et moins de quotas d’émissions à acheter.
Les résidus fibreux (papiers cartons) peuvent également être valorisés par l’industrie sous forme directe ou cokéfiée. Selon le GIEC, ce sont jusqu’à 12% du total des émissions de gaz à effet de serre qui pourraient être substitués en utilisant judicieusement les déchets dans les industries adaptées. Ceci concerne les plastiques, les pneus, mais aussi les boues de stations d’épuration des eaux que l’on peut également valoriser en cimenterie. Ces industries ont pu monter récemment jusqu’à 78% de déchets dans leurs sources d’énergie en Allemagne. Selon le GIEC il s’agit de loin du procédé le plus efficace en terme d’effet de serre. Du point de vue économique, si la cimenterie fait déjà rentablement appel aux déchets, leur extension à la sidérurgie pourrait se produire rapidement dans le contexte d’énergie chère et de prix croissant des quotas d’émission de CO2.
Ainsi, si nous considérons une valorisation des matières plastiques et des déchets ligneux (papiers carton) potentiellement recyclables en cimenterie et en sidérurgie, ceci représente une perspective de recyclage additionnel de l’ordre de 20 à 30%, si l’on se réfère par exemple aux répartitions du contenu des ordures actuellement ramassées dans l’agglomération lilloise. Un objectif de 70% de recyclage n’est donc absolument pas hors de portée sur les prochaines années. Le projet Flamoval table sur une stabilisation du recyclage à 50%.
iii. Quel est le rendement des technologies employées ?
L’absence d’étude spécifique sur les conséquences de l’incinérateur rend difficile une évaluation quantifiée. Seule l’absence de récupération de chaleur –hormis le chauffage des locaux du Syndicatest précisée. Selon le GIEC, les rendements sont de l’ordre de 20% à 25% entre le pouvoir calorifique enfourné et les productions électriques. Ceci rendrait la production de l’électricité à Flamoval plus émettrice de gaz à effet de serre qu’une centrale au gaz, même de technologie peu sophistiquée. Il n’est pas dans l’objet de la présente note de juger le procédé employé, mais avant tout sa pertinence vis-à-vis du changement climatique. Une valorisation de la chaleur devrait donc être un préalable à l’implantation d’un incinérateur, surtout s’il garantit une forte limitation des rejets polluants. Ce n’est pas le cas du projet, qui ne prévoit une valorisation de la chaleur que de manière optionnelle.
A noter qu’un mode de calcul de la valorisation de l’élimination, proposé en juin 2007 par la Commission Européenne –et fortement critiqué par le Parlement Européen- visant à considérer dans quels cas un incinérateur valorise bien sa chaleur, ne s’appliquerait pas à Flamoval tant son taux de valorisation nette est bas. Le Parlement Européen, lui, a préféré ne pas assimiler l’incinération à un recyclage.
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