quand on veut vraiment réflechir sur du moyen terme...

Publié le par Arnaud

4484262436_84df3e2e0a.jpgPoint de vue
L'enfant auteur… une réponse aux violences à l'école ?, par Sylvain
Hannebique
LEMONDE.FR | 02.04.10 | 18h44

Depuis 2001, une école expérimentale Freinet s'est installée dans un
quartier défavorisé de la banlieue lilloise, à Mons-en-Barœul (école du
Réseau ambition réussite). Nous en sommes aujourd'hui à notre neuvième
année de fonctionnement avec des enfants de 2 à 11 ans.

L'équipe pédagogique nommée suivant un protocole particulier est
composée de 9 enseignants volontaires appartenant à l'ICEM (Institut
coopératif de l'école moderne).

L'originalité supplémentaire, c'était d'accepter que l'expérience puisse
être mesurée dans ses effets et fonctionnements et être évaluée par un
laboratoire de recherche (laboratoire Théodile-université Lille-III avec
une sociologue du Cesdip-CNRS). Les résultats sont parus dans deux
livres : Une école Freinet (sous la direction d'Yves Reuter,
L'Harmattan, 2007) et Violences à l'école élémentaire, de Cécile Carra,
PUF, 2009).

Le défi était important en arrivant : violences et incivilités, retards
scolaires importants, résultats aux évaluations préoccupants, effectifs
en chute, conflits nourris par les "grands frères", conflits entre
parents, et un certain fatalisme sociologique. Praticiens de la
pédagogie Freinet depuis plusieurs années, nous avions des outils et des
techniques qui avaient fait leurs preuves : travail en équipe,
correspondance scolaire, individualisation du travail, apprentissage par
"tâtonnement expérimental" qui est le principe de la "méthode
naturelle", expression libre et créativité, conseils d'enfants,
recherches libres en mathématiques et en étude du milieu… Nous avons
fait le pari qu'il fallait transformer la nature du travail à l'école,
créer une rupture forte pour ces enfants qui ne croyaient plus en eux.

Dès la première rentrée, nous avons dans un premier temps refermé
l'école, nous l'avons "sécurisée" pour mieux la rouvrir avec l'aide des
enfants devenus auteurs… Notre premier souci a donc été de faire en
sorte qu'ils puissent s'exprimer, créer, produire, parler de leur vécu
dans des entretiens du matin et rentrer ainsi dans des apprentissages,
sans avoir peur de l'erreur. Nous leur avons permis d'écrire, d'éditer
des recueils de textes et recherches, des lettres à des correspondants,
de démarrer des recherches mathématiques, de créer en musique, danse,
expression corporelle, théâtre, de préparer des exposés en partant de
leur milieu proche puis lointain… Nous avons mis toute notre énergie
pour que des "patrimoines culturels de proximité" se construisent, se
croisent dans un espace coopératif où le respect de l'autre, l'écoute,
seraient garantis par l'autorité du maître et les règles construites en
conseils d'enfants.

Ce qui nous a surpris nous-mêmes, c'est que les enfants se sont vite
emparés de ces possibles, tant leur puissance de vie était intacte… Ils
ont appris à chuchoter, à se mettre au travail long, à être autonomes.
Très vite, ils ont tenu à leur travail, ils l'ont revendiqué parce que
celui-ci permettait de retrouver une estime de soi, une confiance, une
reconnaissance… et au bout d'un mois seulement, il est devenu nécessaire
à leurs yeux de construire des règles, indispensables pour pouvoir
gagner de l'autonomie et encore mieux s'exprimer, communiquer, coopérer…
tout cela sans note, ni classement, ni stigmatisation des erreurs.
Chaque enfant, même en souffrance scolaire, a été maintenu dans le
groupe classe dans des dispositifs partagés de construction des savoirs…
sans avoir à être soutenu en dehors des processus communs d'apprentissage.

Il nous a fallu encore expliquer notre travail aux parents, les associer
aux progrès de leur enfant, travailler avec eux et l'association de
quartier voisine dans des ateliers du soir. Des "heures des parents"
hebdomadaires chaque samedi permettaient par exemple aux enfants de
présenter leur travail à leurs parents, devenus destinataires de leurs
œuvres, même humbles.

Dès 2006, il est noté par l'Inspection que "dans les champs d'étude des
universitaires, comme dans les observations réalisées au niveau de la
circonscription, l'expérimentation de Mons-en-Barœul atteint des
résultats qui étaient inespérés dans les évaluations nationales et
locales au vu de la situation initiale (...). Les résultats les plus
notables ont été obtenus dans la réduction des actes de violence, le
rapport des élèves et des parents à l'école, et dans les acquisitions
analysées par des chercheurs du laboratoire Théodile".

De son côté, l'équipe de recherche universitaire notait des effets
positifs  au travers d'une dizaine de dimensions.

Et aujourd'hui ? Le climat, profondément changé, nous permet d'affirmer
qu'il n'y a plus aucune violence ni dans l'école, ni autour de l'école,
et que les parents sont redevenus des acteurs attachés à l'école. Ce qui
frappe d'ailleurs les "visiteurs", c'est le calme, le silence et
l'ambiance sereine de travail, l'autonomie. On peut dire sans crainte
que les enfants "tiennent" à leur école, à leur travail émancipateur…
Les grands frères viennent parfois écouter leur "petits", des lieux de
parentalité se développent avec l'aide de la municipalité qui, elle
aussi, a noté des effets très positifs autour de l'école jusque dans le
quartier... avec des résultats scolaires (évaluations nationales) en
forte croissance, même si nous en mesurons encore toute la fragilité …
Mais pour que cela réussisse encore mieux, pour que cela soit possible
ailleurs, comment faire ?

- Permettre des équipes pédagogiques recrutées à partir d'une cohérence
de projet et d'action éducative, pédagogique,

- Initier une formation initiale et continue forte aux pédagogies
actives et alternatives,

- Se centrer sur le travail … émancipateur, libérateur : l'enfant auteur
(donc acteur),

- Prendre en compte les enfants en souffrance sans mise à l'écart, en
les maintenant tous dans les processus d'apprentissages au sein d'une
classe coopérative,

Et aussi… pour un autre statut de l'erreur à l'école, pas de
compétition, pas de classement ; pour un respect-accueil fort (élèves,
adultes) ; pour une construction progressive de règles … appliquées par
tous, enfants et adultes ; pour des temps longs d'apprentissages ; pour
une sécurisation des enfants, parents, enseignants…

Sylvain Hannebique est directeur d'une école expérimentale.

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Publié dans Enfance Jeunesse

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