revue de presse Flamoval...

Publié le par Arnaud

La Voix du Nord > Samedi 24 Octobre 2009 > Edition de SAINT-OMER.

 

ENVIRONNEMENT 

 

«L'incinérateur est un choix politique qui ne met pas en avant le risque sanitaire»

 

Les opposants au projet d'incinérateur à Arques sortent revigorés de la réunion publique organisée par l'APSH jeudi soir. De nombreux spécialistes de santé se sont succédé à la tribune, devant une salle Vauban archi-comble, pour montrer à quel point l'environnement joue un rôle déterminant sur la santé. Ils sont unanimes: Flamoval aggraverait le risque sanitaire dans une région déjà fortement exposée.

Plus personne ne peut prétendre que le combat mené par l'Association pour la protection de la santé des habitants de la région de Saint-Omer (APSH) est animé par un autre dessein que celui d'alerter sur un risque sanitaire. La somme de connaissances exposée par des professionnels de santé spécialisés dans des domaines aussi divers que leurs origines géographiques sont variées, illustre à elle seule que la prise de conscience de l'impact de l'environnement sur la santé, aussi tardive soit-elle, progresse à grands pas. «

On se doit de lancer l'alerte, rappelle le docteur Philippe Richard, président de l'APSH. Nous sommes à l'aube d'une médecine environnementale. Nous en avons assez d'agir sur les conséquences plutôt que sur les causes.» A fortiori dans une région où «l'état sanitaire ne fait que s'aggraver, souligne le docteur Jean-Bernard Verbecq, et où la surmortalité par rapport aux autres régions est toujours plus importante». (cf La Voix du Nord du 4octobre). Le professeur Henri Porte, chirurgien cancéro-thoracique à Lille, est formel: «Les risques de cancer sont corrélés à la pollution environnementale.» Le problème est que ces polluants, créés par l'homme, sont nombreux et difficilement identifiables. Cosmétiques, alimentaires, vestimentaires, les molécules qui nous veulent du mal sont partout. Le toxicologue André Cicolella, pourfendeur notamment du bisphénol A dans les biberons et autres paraben, montre que «c'est la période à laquelle nous vivons qui fait le poison.»

«Pas de seuil»

 

Et ces nouvelles données scientifiques, les médecins en observent les démonstrations quotidiennement. Le professeur Rémi Besson, spécialiste des malformations urogénitales à Lille, constate, par exemple, une augmentation du cancer des testicules chez les hommes jeunes, dans tous les pays du nord de l'Europe. Les pesticides, phtalates, et autres substances qui agissent comme perturbateurs endocriniens sont pointés du doigt. Oui, mais Flamoval dans tout ça? «Les chiffres fournis par les industriels ne correspondent pas à ce que vous allez inhaler », précise le docteur Paul Cordonnier, président de l'association pour la promotion de la recherche en environnement et en santé publique (APRES). Des molécules, inoffensives quand elles sont rejetées, peuvent en effet devenir toxiques au contact d'autres éléments dans l'air, l'eau, etc. Et le docteur de préciser: «Il n'existe pas de seuil en deçà duquel il n'y aurait pas de risque». D'autant que la contamination n'est pas conditionnée à une longue exposition: «Ça se joue sur un ou quelques jours», assure André Cicolella. Le temps de latence, en revanche, peut être énorme. «Un cancer développé à l'âge de 30 ans peut avoir été déclenché au cours de la vie intra utérine», souligne le professeur Éric Besson. Ce n'est pas tant l'incinération qui est stigmatisée que les risques qui nous entourent déjà. Les médecins souhaitent juste éviter qu'on les aggrave avec Flamoval. «Il ne faut pas attendre d'avoir la preuve pour agir, estime André Cicolella. Il faut saisir les données recueillies lors des expérimentations animales, elles servent à ça», encourage André Cicolella. Le professeur Henri Porte en est convaincu: «L'incinérateur est un choix politique qui ne met pas en avant le risque sanitaire. » C'est ce que les médecins déplorent. Surtout quand un incinérateur de dernière génération comme celui de Dunkerque transgresse les normes fixées ( notre édition du 22octobre). Reste un point essentiel: comment faire disparaître nos poubelles?

 

L'arrêté d'autorisation d'exploitation de l'incinérateur Flamoval a été signé par le préfet le 17 juin.


Petites phrases et grand débat

 

Michel Autès, vice-président du conseil régional en charge de la santé (VERTS).

- «Par le simple fait de marcher dans la rue ou d'habiter dans nos maisons, notre santé est menacée (…) La situation sanitaire dans la région ne permet pas l'improvisation.» André Flajolet, député UMP du béthunois.

- «On ne doit pas jouer aux apprentis sorciers avec une politique non environnementale. (…) Il est urgent d'attendre et de revoir la copie.» Thierry Willaye, élu Vert hazebrouckois au syndicat mixte Flandre Morinie (SMFM, porteur du projet d'incinérateur) et opposant à Flamoval.

- « Je ne peux pas comprendre que certains élus soient encore sourds à ce que vous venez de démontrer.» André Cicolella, toxicologue.

- «Le cancer n'est pas que des chiffres et des pourcentages, c'est aussi du vécu», en réponse à une dame qui venait d'émouvoir l'assemblée en racontant le quotidien de sa fille, adolescente, atteinte d'un cancer. «Ce témoignage nous donne beaucoup d'énergie dans notre combat», a ponctué le docteur Philippe Richard. Bernard Loridan, maire de Merville.

- «Beaucoup d'élus commencent à être ébranlés dans leurs convictions. Il faut aller vite, mais il n'est pas trop tard pour stopper le projet Flamoval.» Guy Hilmoine, maire de Dohem.

- «Les élus qui s'opposeraient à la mise en oeuvre de Flamoval seraient hors la loi car tout a été signé par le préfet. Si ce projet ne vous convient pas, c'est à vous, citoyens, d'agir. La balle est dans votre camp. D'autant que vous payez deux fois à l'heure actuelle: pour le traitement des déchets, et pour les études et la communication autour de Flamoval.»


L'idée qui flashe

 

Une dame, anonyme parmi tant d'autres, a avancé cette idée, jeudi soir lors de la réunion publique anti-Flamoval (lire ci-dessous ): «On ne peut pas se laisser tout le temps endormir par des discours. Il faut se faire voir individuellement. Les gilets fluo sont censés nous protéger en matière de sécurité routière. Pourquoi ne pas s'en servir pour protéger notre santé? En le portant dans la vie de tous les jours, on montrerait clairement qu'on est contre Flamoval.» «C'est une bonne idée, à chacun de prendre se s responsabilités», a commenté le docteur Richard. Alors si vous croisez des gilets fluo sur le marché ce matin, ne soyez pas étonnés.D. M.

 

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