Libération fait son dossier sur Flamoval...

Publié le par Arnaud

Arques part en campagne contre une usine imposée

La construction d’un incinérateur fait craindre un risque de pollution.

Par HAYDÉE SABERAN (à Arques)


«S’il y avait eu un vrai débat il y a huit ans, on n’en serait pas là.» Ils discutent par petits groupes, sous des parapluies. Autour d’eux, des pancartes «Décideurs, dites non à l’incinérateur» ; «Ne jouons pas aux apprentis sorciers». On est en rase campagne, au milieu d’une zone d’activités, devant le site du futur incinérateur Flamoval, à Arques, près de Saint-Omer, (Pas-de-Calais). C’est le 3 octobre, ils sont 200, il y a des agriculteurs, des écologistes, des syndicalistes avec leurs drapeaux, des médecins, des maires, des riverains. Le maire socialiste d’Hazebrouck, Jean-Pierre Allossery, les députés UMP Françoise Hostalier, et André Flageolet ne sont pas là, mais ils les soutiennent. Christophe Bonduelle, celui des petits pois, qui a son siège à Renescure, à quelques kilomètres, sous les vents du futur incinérateur, aussi. Ce qu’ils réclament ? «Un débat démocratique. Choisir notre vie plutôt que la subir», dit Thierry Willaey, conseiller municipal (Verts) d’Hazebrouck. Or, la loi n’oblige pas à l’organisation d’un débat public pour un tel investissement.

Cancer. En septembre 2008, près de 4 000 personnes ont défilé contre le projet d’incinérateur Flamoval. Le 17 juin, le préfet du Pas-de-Calais a signé l’arrêté qui lançait la construction. Entre-temps, un débat, dans la rue, dans la presse locale, des réunions d’opposants, mais zéro débat public. «La démocratie, c’est les élections», rétorque Joël Duquenoy (PS), défenseur du projet, et nouveau président du syndicat mixte Flandres-Merignies, qui regroupe les 159 communes concernées par l’usine qui brûlera les 92 500 tonnes de déchets.

 

Derrière la demande de débat, il y a toutes les questions. Les riverains et les médecins craignent pour la santé : dans la région championne de France du cancer, personne ne veut de dioxine en plus. L’incinérateur voisin de Dunkerque vient d’être pris en flagrant délit d’avoir craché 96% de plus de dioxine que la norme admise. Quand elle l’a appris, la députée Françoise Hostalier a écrit à Nicolas Sarkozy, lundi, pour lui demander de faire «arrêter ce projet et procéder à une remise à plat des solutions possibles».

 

Courgettes. Bonduelle - qui n’a pas souhaité répondre à Libération - tremble pour sa marque. Ses salariés, en intersyndicale, le soutiennent au nom des 650 emplois de l’usine. Les agriculteurs s’inquiètent pour la qualité de leur terre, Bonduelle les a prévenus : si l’incinérateur s’installe, il se sépare d’eux. La majorité des courgettes produites en France pousse à quelques centaines de mètres de la future usine. Et il n’y a pas mieux comme légume pour fixer la dioxine. «Or tous les incinérateurs ont un jour des pépins, les médias s’empareront de l’affaire. C’est ingérable», soupire François Bourgain, président d’Oplinord, l’organisation des producteurs de légumes industriels. Des alternatives ? Oui, disent les défenseurs de l’environnement, entre autres produire du méthane, à partir des déchets verts, et réduire plus à la source.

 

A plein régime. Antoine Bonduelle, cousin de Cristophe et expert du Giec, le Groupe d’experts intergouvernemental sur le climat : «L’Ademe nous dit que le volume de déchets est en train de baisser, à la source. Or avec 10% de déchets en moins, l’incinérateur ne fonctionne plus bien : pour qu’il ne soit pas plus polluant, il doit tourner à plein régime, question de combustion. Pour trouver les 92 000 tonnes de déchets, on va devoir les chercher en camion à 60 kilomètres». Donc polluer. «Un raisonnement pervers.»

source : Libération

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