Les porcheries industrielles ne sont plus de notre temps!

Publié le par Arnaud

L'agriculture bio, une éthique et une philosophie

jeudi 17.06.2010, 05:12 - La Voix du Nord

 

Pour Loïc Boulier, choisir le bio «c'est penser autrement son rapport à la terre». Pierre Deldicque, en choisissant l'herbe plutôt que le maïs pour ses bêtes, améliore «le bien-être animal».

| ON EN PARLE |

 

Ils s'installent, se reconvertissent ou cultivent bio depuis leurs débuts en agriculture. Un choix toujours, après une prise de conscience, souvent. Loïc Boulier, Frédéric Stopin, Yohann Goublaire et Pierre Deldicque, maraîchers et producteur de lait, évoquent leur rapport au bio. Entre éthique et philosophie de vie. 

 

PAR JENNIFER-LAURE DJIAN

saintomer@lavoixdunord.fr

 

Loïc Boulier avait une petite terrasse à Paris. Il y produisait des semences, collectionnait les plantes, cent cinquante à deux cents variétés. Ça le passionnait, plus que l'hôtellerie dont il avait fait son métier. Il y a deux ans et demi, Loïc Boulier change de vie. Quitte la capitale pour le Finistère, suit un brevet professionnel de responsable d'exploitation agricole, se spécialise dans l'agriculture biologique. Par conviction. Il évoque les allergies aux légumes, la mauvaise presse du monde agricole français. « Le bio, la vente directe, ce sont les solutions pour recréer du lien. »

 

« Le bio, c'est l'avenir »

Ces liens que Yohann Goublaire tisse tous les jours. Lui s'est installé il y a deux ans, après que les Jardins et vergers de la solidarité, association d'insertion, ont périclité, à Zudausques. « Le terrain était bio, j'ai eu le label tout de suite. Il n'était pas question que je l'abandonne.

 

Le bio, c'est sain, c'est l'avenir. » Il vend sa production, de saison, en abonnements de paniers et sur les marchés. « Les gens sont sensibles à une agriculture naturelle. On entend parler de maladies. Les produits de traitement, ce n'est pas bon. Les consommateurs se tournent vers autre chose. » Vers le goût. À Helfaut, le lait des vaches de Pierre Deldicque, producteur depuis 1997, n'a plus la même saveur depuis qu'il a troqué leur ration de maïs contre une d'herbe. Le scandale de la vache folle l'a fait réfléchir. En 2005, il met en place un séchage de foin en grange. Dans sa ferme, ça sent bon. « On en mangerait », sourit-il. Pour l'instant, Pierre Deldicque est en reconversion. En novembre 2011, il collera le logo agriculture biologique sur son lait. « Une reconnaissance », dit-il.

 

Ce logo, Frédéric Stopin, maraîcher en reconversion à Saint-Omer, l'attend aussi. En 2003, il a commencé avec douze pieds de fraises, il en compte aujourd'hui vingt mille. Sur ses deux hectares de terrain, il cultive tomates coeurs de boeuf, carottes de Tilques, poireaux blonds de Saint-Omer. « Des produits qui ont du goût. » De façon naturelle. « Il n'était pas question de faire autrement. » C'est plus dur ? « J'ai appris comme ça, lâche Loïc Boulier. Mais on ne peut pas faire n'importe quoi. Il faut diversifier les productions, organiser les rotations, équilibrer la présence d'insectes, ne pas se laisser déborder. Pareil pour les mauvaises herbes : 70 % du travail, c'est du nettoyage. C'est le côté désagréable. » Yohann Goublaire confirme : « Ça demande beaucoup de travail manuel. » « Ce qui est dur, c'est la première année de reconversion, indique Frédéric Stopin.

 

Lorsqu'on vend, notre étal n'a aucun signe de reconnaissance. En deuxième année, on peut indiquer qu'on est en processus de reconversion. » Au niveau de l'équipement, Frédéric Stopin a installé une haie champêtre pour attirer les coccinelles qui mangeront les pucerons qui tentent d'attaquer ses légumes. « Il n'y a pas beaucoup plus de contraintes. Le bio, c'est juste une autre façon de faire. Et puis on est bien épaulé par le parc, le groupement d'agriculteurs bio du Nord - Pas-de-Calais ou l'association départementale pour l'aménagement des structures des exploitations agricoles.

 

 » Pour Pierre Deldicque, le bio était une façon d'atteindre l'autonomie et de mieux vendre son lait - la plus-value est en moyenne de 40 % par rapport au lait conventionnel. « Avec le maïs, j'avais du mal à équilibrer la ration de mes vaches. Avec l'herbe, il n'y a plus besoin de compléments, sauf quelques céréales. Le problème du lait qu'on a connu, et si les producteurs s'en sortent difficilement, ce n'est pas forcément parce que le lait est moins cher, c'est surtout que les charges augmentent. » Pierre Deldicque, en épousant une méthode naturelle, les a réduites. Et a amélioré « le bien-être animal ». « Choisir le bio, c'est penser autrement son rapport à la terre, à la nature », revendique Loïc Boulier. Une autre façon d'envisager la vente aussi. « Uniquement en direct », dit Frédéric Stopin. Il fait les marchés, est en train de créer un système de paniers. « Il faut être proche des consommateurs. Nous, on s'efforce de faire de la qualité. On a aussi à coeur d'en parler. »

Publié dans Nature et Ruralité

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