Les polders du Nord-Pas-de-Calais menacés par la montée des eaux

Publié le par Arnaud

LILLE - Menacés par la montée des océans et l'intensification des pluies, les polders du Nord-Pas-de-Calais pourraient perdre leur lutte millénaire contre les eaux si rien n'est fait pour protéger le littoral et les wateringues, un dispositif d'assèchement vulnérable.

 

Le sous-équipement, le recul des dunes, l'élévation du niveau de la mer et l'augmentation de la pluviométrie font peser le risque réel d'une reconquête par les eaux de ce territoire, peuplé de près d'un demi-million d'habitants.

 

"Le scénario catastrophe, c'est une grosse pluviométrie un jour de tempête avec des défaillances techniques. Il n'y aura pas mort d'homme, mais le coût économique et financier sera terrible", s'alarme ainsi Hervé Poher, vice-président du conseil général du Pas-de-Calais en charge de l'Environnement.

 

Les Wateringues (du néerlandais water, qui signifie "eau") ont été conçus à leur origine, dès le XIème siècle, pour favoriser la culture dans les polders, des terres situées sous le niveau des hautes marées.

 

Ils désignent aujourd'hui un vaste réseau d'ouvrages qui permet de réguler le niveau des eaux dans un large triangle Calais-Dunkerque-Saint-Omer.

 

L'eau en excédent est rejetée à la mer, à marée basse, par écoulement naturel (fossés et canaux) ou grâce à de puissantes pompes électriques.

 

Les wateringues sont entretenus par les propriétaires fonciers, les départements et l'Etat, qui apportent quelque 5 millions d'euros par an.

 

Mais l'Institution interdépartementale des wateringues (IIW) du Nord/Pas-de-Calais, émanation des conseils généraux, estime à 10 millions d'euros le coût annuel de la pérennisation de ces équipements, tant sur le littoral que dans l'arrière-pays.

 

"En 1953, une brèche dans la digue a quasiment inondé Dunkerque. C'était spectaculaire. Aujourd'hui, ce serait catastrophique", explique Philippe Parent, directeur de l'IIW. La centrale nucléaire de Gravelines figure sur le territoire exposé.

 

Pour répondre à l'urgence, Etat, départements et Agence de l'eau ont lancé un plan d'investissement de 6 millions d'euros qui vient s'ajouter au budget des wateringues. Mais il servira tout juste à maintenir l'actuelle capacité du réseau, "pourtant à bout de souffle", souligne Hervé Poher.

 

"En cas de grosse crue, comme en novembre l'an dernier, vous pouvez pomper tant que vous voulez, ça ne change rien", assure-t-il.

 

Au nom d'une loi bicentenaire qui impute aux riverains la responsabilité de se protéger des aléas naturels, l'Etat propose de surtaxer le bâti dans les polders.

 

Mais les élus locaux s'y opposent, faisant valoir que les communes et les habitants - déjà taxés par les sections de wateringues - fournissent déjà le gros des efforts.

 

"Si nous n'étions pas là pour assécher, toute la bordure maritime et l'agglomération de Dunkerque seraient sur une île, entre polders et mer", plaide Hervé Laniez, maire des Moëres et responsable de wateringues.

 

Les querelles entre parties prenantes nuisent également aux protections côtières, elles aussi en grand besoin de rénovation.

 

"Historiquement, les ouvrages (de protection) du littoral ont été gérés entre les communes, les conseils généraux et l'Etat, sauf qu'il y a toujours des problèmes de propriété, d'entretien, de responsabilité. Ce système n'est plus pérenne", reconnaît Julien Hénique, de la DREAL (Direction régionale de l'environnement, de l'aménagement et du logement).

 

(©AFP / 03 février 2010 07h44) Romandie News

Publié dans dossier wateringues

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article