les cochons industriels ça pose question aussi en Belgique...

Publié le par Arnaud


                   
 
ECOLO s’oppose au projet d’installation d’une porcherie de 4 000 porcs à Genappe. Pour ECOLO une  agriculture durable ce n’est pas ça !

ECOLO Brabant wallon et les locales de Genappe, Nivelles et Braine-l’Alleud ont réagi à l’enquête publique à propos du projet d’installation d’une porcherie industrielle à Genappe pour à la fois s’opposer au projet proposé mais aussi rappeler que des perspectives positives pour une agriculture durable peuvent être envisagées si on décide d’une autre politique agricole.

 

Les risques pour les nappes phréatiques, la nécessaire lutte contre les changements climatiques et la réduction des émissions de gaz à effet de serre, le mode d’élevage choisi et ses conséquences sur le mal-être animal et le système économique dans lequel le projet s’insère sont autant de raisons de notre opposition à ce projet, et à travers lui à un mode de développement non durable des productions agricoles.

 

1. La fragilité des sols et des nappes phréatiques en Brabant wallon

Le sous-sol de nos communes regorge de nappes d’eau, desquelles est pompée l’eau destinée à la distribution. Or nous sommes situés dans la zone des « sables bruxelliens », déclarée zone vulnérable et faisant l’objet de normes strictes d’épandage d’azote. Malgré ces normes, et selon l’étude d’incidences, « la nappe des sables bruxelliens présente le niveau le plus élevé de contamination. Il est également à noter une tendance à la hausse sensible des teneurs en nitrates au sein de ladite nappe. »

Sur 86 sites en sables bruxelliens, 32 sites présentent une concentration supérieure à 50 mg/litre. Ces données sont issues de « L’Etat de l’Environnement wallon ». Toutes les cotes d’alerte sont atteintes. Il y a déjà aujourd’hui un excès d’azote qui arrive dans les nappes ; est-il donc concevable qu’une nouvelle source intarissable d’azote vienne s’ajouter dans une zone déjà saturée ?

La porcherie envisagée abriterait 4 000 porcs à l’engraissement en permanence. Ces porcs seront à l’origine d’une quantité de lisier évaluée à 1,2 m3/porc/an, donc à 4 800 m3.

Ce lisier est un déchet dont on doit se débarrasser. Même si les terres doivent être « enrichies » en azote pour les besoins des cultures, le lisier, de nature liquide, présente un grand risque de lessivage dans le sol. De plus il est inévitablement produit et doit être épandu. Cela présente des risques quelles que soient les précautions prises par l’exploitant. Les sociétés de distribution ont d’ailleurs remis un avis défavorable au projet pour ces raisons.

Rappelons aussi qu’il y a déjà deux élevages intensifs dans un rayon de 2 km : une porcherie à Baulers (un peu moins de 2 000 porcs), et un poulailler (près de 20 000 poulets) à Promelles.

Bref, si on veut adopter une politique plus prudente pour les nappes phréatiques du Brabant wallon et diminuer la norme d’épandage dans la zone vulnérable, que fera-t-on du lisier ? Si les contrats de culture de l’exploitant sont dénoncés ou modifiés, que fera-t-on du lisier ? Si une pollution est constatée dans un point de captage, à qui en imputer la responsabilité dans cette zone au sol si complexe ? De quel recours disposera la commune en cas de non respect des mesures proposées, puisque légalement le permis ne peut donner de contrainte en dehors des bâtiments d’exploitation (seuls soumis à permis) ?

De plus le rapport sur « L’Etat de l’Environnement Wallon 2006-2007 » relève pour le Brabant wallon un grave manque de matière organique dans les sols agricoles, dû à l’intensivité de l’agriculture.

Le lisier, s’il est bien organique, ne contribue néanmoins pas à reconstituer la structure du sol, car il part vite soit dans les plantes, soit dans les profondeurs. L’utilisation de lisier n’apporte pas de matière organique aux sols mais uniquement de l’azote sous forme minérale ou rapidement assimilable. Une litière paillée, produisant du fumier serait une source de meilleure qualité organique. Mais ici il n’en est pas question !

 

2. Production de CO2 et de gaz à effet de serre

Seulement une demi-page de l’étude d’incidences est consacrée à la production de gaz à effet de serre dans l’étude d’incidences.

Les auteurs considèrent que les conséquences sur l’environnement de la production de gaz à effet de serre d’un tel élevage est peu significative. Cet argument d’autorité est inacceptable !

Les résultats de nos calculs (voir analyse du projet en document joint) nous font affirmer le contraire. En effet, l’exploitation, si elle voit le jour, produira quotidiennement l’équivalent de la production en CO2 de 2 000 litres de mazout. Autre comparaison possible : l’exploitation produira autant de CO2 que 487 ménages équipés de chauffage au mazout.

Le bureau d’étude considère comme négligeables tant les émissions de protoxyde d’azote (N2O) que celles de méthane (effet de serre 23 fois supérieur à celui du CO2) dont la production sera de 12 kg par jour.

Cette estimation ne tient pas compte du cycle de vie complet du porc (6 kg de CO2 par kilo de viande produite) (nourriture, transport, et aval compris). On peut donc affirmer que les rejets ne seront pas négligeables. Les porcs de ce type d’élevage sont nourris à 40 % par du soja importé des Etats Unis ou du Brésil. Les cultures de soja sont souvent synonymes de déforestation ou d’intensivité. Nous importons de l’azote mais nous ne la réexportons pas ; elle devient en partie un déchet dont l’excès empoisonne nos sols. Toute cette filière pèse lourd en termes de gaz à effet de serre.

Pour Ecolo, les objectifs de réduction de production de gaz à effet de serre doivent être poursuivis à tous les niveaux de la décision politique et économique. Il est indispensable que l’agriculture, responsable de plus de 10 % des émissions de gaz à effet de serre, poursuive, comme les autres secteurs de l’économie, les objectifs de réduction des émissions, et se tourne vers des modes de production qui contribuent plutôt à l’absorption du CO2.

 

3. Mode d’élevage choisi

Si le projet de porcherie de Vieux Genappe semble très affiné techniquement, il n’en a pas moins choisi les méthodes les plus intensives et qui ne lui donnent pas droit au label de qualité différenciée, pourtant soutenu par la Région wallonne (décret du 19/12/2002). Sur le plan du bien-être animal, ce projet d’élevage dit respecter la loi, mais il n’empêche qu’il y aura 16 cochons qui atteindront 110 kg dans des cellules de 11 m2 ! Pas un m2 par animal ! On ne peut que se révolter quand on lit « Dans le cas où les porcs dépasseraient les 110 kg, il y aurait lieu de prévoir un espace de 1 m² par porc et le principe du « desserrage » serait appliqué. ». Ce type d’élevage est le summum de l’instrumentalisation de l’animal par l’homme. Inévitablement, vu leur nombre et la promiscuité, les porcs recevront des traitements médicamenteux, de façon à prévenir les maladies. La firme Danis est d’ailleurs agréée pour produire ces aliments médicamenteux. Pour prévenir des risques sanitaires liés à la grande taille, l’exploitant justifie aussi le choix du caillebotis, pourtant reconnu défavorable au bien-être animal.

 

4. Economie agricole

Malgré les efforts déployés dans l’étude pour convaincre le lecteur que l’élevage est « wallon », on peut lire clairement que tout le processus est dans les mains de la firme Danis, entreprise flamande qui monopolise de plus en plus la filière porcine. L’exploitante n’aura donc aucune indépendance dans la filière dont elle est un maillon captif. « La filière fonctionne en circuit fermé multi-sites à savoir que le site de maternité fournit les porcelets exclusivement toujours aux mêmes porcheries d’engraissement ». Nous sommes clairement dans le cas tant décrié où la Région flamande délocalise ses élevages pour pouvoir plus facilement en épandre le lisier. Il n’y a pas de réelle création d’emploi, pour un investissement de plus de 2 millions d’euros.

Il ne s’agit pas non plus dans ce cas de sauver une exploitation en difficulté, mais bien d’une extension d’une exploitation déjà très importante pour la région, dont le développement peut porter préjudice à l’espace laissé à de plus petits exploitants.

 

En conclusion, Ecolo considère que ce type de projet d’élevage intensif est ce qu’il faut éviter. Il n’apporte aucune valeur ajoutée ni en terme d’emploi, ni en terme de production (la Belgique produit 11 millions de porcs par an). On doit considérer qu’une telle exploitation, si elle voit le jour, sera la source de valeur soustraite (déchets, émissions de gaz à effet de serre, fragilisation des sols, détérioration du cadre de vie et de l’image de l’agriculture…) et n’a de sens que de permettre à l’industrie agroalimentaire flamande de délocaliser son lisier.

La filière porcine peut se développer autrement : un récent séminaire, organisé à Libramont par Etopia, a permis de mettre en valeur des modes d’élevage porcin qui sont de plus petite échelle et privilégient la qualité et les circuits courts.

Nous sommes aussi convaincus qu’il peut exister en Brabant wallon des filières de diversification, qui maintiennent l’emploi agricole et les exploitants dans les villages, sans avoir les impacts négatifs de l’élevage intensif.

Evidemment il y a des exploitations « bio » : en Région wallonne, 481 exploitations sont « biologiques » et cultivent 20 500 ha. En Brabant wallon, sur les 1 264 exploitations recensées (74 100 ha) seules 7 exploitations pratiquent l’agriculture biologique, cela fait peu de choses ! Or la demande de produits bio est croissante et pour le moment, nous importons la plus grande partie des produits consommés sur le marché belge.

D’autres exemples d’une agriculture durable sont dignes d’intérêt : des maraîchers produisent en « lutte intégrée » et sont sur nos marchés avec d’anciennes variétés de légumes, trop souvent oubliées, un agriculteur s’est lancé dans la filière chanvre à Lillois pour la bio-construction.

Du côté des consommateurs, des groupes se forment pour acheter des paniers bio aux producteurs de l’Est du Brabant. Ces initiatives contribuent en outre à un bon climat social.

Il importe aujourd’hui de prévoir le coût croissant de l’énergie et donc de développer des filières qui sont plus autonomes des produits d’importation et des intrants coûteux en énergie. Les circuits courts de distribution doivent être privilégiés pour éviter les coûts liés au transport des aliments. Les productions de protéines végétales pour l’alimentation humaine comme pour l’alimentation animale doivent être développées en alternative à une consommation excessive de viande.

En conclusion, soucieux que l’agriculture se maintienne et se diversifie en Brabant wallon, nous sommes prêts à apporter notre soutien à des projets agricoles qui soient bons pour l’emploi et pour l’environnement, pour la qualité de l’eau, pour les relations entre agriculteurs et résidents, pour le cadre de vie en général. Ce n’est pas le cas des projets d’élevage intensif.

 

Thérèse Snoy, Marcel Cheron, Lise Jamar

http://www.brabant-wallon.regionale.ecolo.be/spip.php?article63

 

Pour aller plus loin dans la réflexion, c’est par ici.

Commenter cet article