Régionales . Le maire de Sevran est le premier élu communiste capté par Europe Ecologie.
Recueilli par Matthieu Écoiffier
Stéphane Gatignon, 40 ans, est maire PCF de Sevran (Seine-Saint-Denis) depuis mars 2001. Il confie en exclusivité à Libération son choix d’être «candidat aux élections régionales sur la liste d’Europe Ecologie». Et ambitionne - «pourquoi pas ?» - d’être tête de liste en Seine-Saint-Denis.
Depuis la chute du mur de Berlin, on est resté dans le tunnel de la fin du communisme. L’explosion du réacteur de Tchernobyl aurait dû être refondatrice, en ce qu’elle remet en cause le productivisme et l’industrialisation planificatrice. Mais nous n’avons jamais travaillé sur ce qu’a représenté pour nous l’écroulement du monde soviétique. Ni réussi à remettre en cause notre matrice marxiste-léniniste, y compris en termes d’organisation du parti. Entre-temps, des éléments nouveaux ont surgi, comme le réchauffement climatique, la finitude des ressources de la planète.
C’est plutôt le parti qui m’a quitté. Mais je reste communiste.
L’ambiance était chaleureuse, il ne manquait que le thé et les boudoirs. Elle est sympa, Marie-George. Sur le fond, elle a trouvé que je n’avais pas tort. C’est tellement le marasme intellectuel et le désarroi dans le parti… Tout le monde est gêné, car les questions posées par mon départ sont de vraies questions. Je pense que le parti devra participer à la recomposition qui se fera après les régionales autour d’Europe Ecologie. Sinon il mourra.
Ceux qui viennent me voir en me disant «c’est compliqué mais intéressant» ont moins de 45 ans. Pour les autres, c’est plus dur. Au PCF, quand tu es dissident, c’est : «Tu restes et tu te tais» ou «tu t’en vas et tu te tais».
On a fait de très belles choses. Il y a eu des écrits très justes et très forts, notamment entre 1989 et 1993. Depuis, on tourne en rond parce qu’on n’a pas su aller au bout de la rupture. Il n’y a que l’Humanité pour écrire, la semaine dernière, que la RDA, c’était mieux ! Depuis trente ans, la direction du PCF a mis tous ses dissidents dans un ghetto intellectuel et l’extrême gauche s’est enfermée dans la pureté révolutionnaire.
Pour moi, l’écologie est d’abord une question sociale. Au sein de l’Anru (Agence nationale pour la rénovation urbaine), aucun élu de droite comme de gauche ne s’est battu pour financer des appartements à basse consommation et des réhabilitations HQE (haute qualité environnementale). A la cité des Beaudottes aujourd’hui, on est entre 150 et 200 euros de charges mensuelles, alors qu’on peut livrer des appartements à 150 euros de facture annuelle.
Ce qui est intéressant avec Europe Ecologie, c’est que cela crée un cadre où chacun peut apporter son histoire, sa vision du monde et des éléments concrets pour un projet. Si on veut s’en sortir demain, on doit mettre au cœur la transformation sociale et écologique de la société.
C’est une façon d’offrir un débouché politique, aux bobos comme aux précaires. Le vide de projet à gauche est insupportable vu le chaos, la tempête que l’on vit aujourd’hui en banlieue sur la question de la violence, du trafic. Quand je dis : posons la question de la réglementation du cannabis, la gauche s’arc-boute sur l’interdit.
En 2004, la gauche s’est engagée à faire la carte Orange à tarif unique sur l’ensemble de l’Ile-de-France. C’est la condition pour se sentir habiter la même métropole. Cette promesse, financièrement jouable, n’a jamais été tenue. C’est très symbolique de tout ce qui a été loupé. Aujourd’hui, la gauche a un genou à terre parce que le PS, à force d’accompagner la social-démocratie, s’est fondu dans le social-libéralisme et que le PCF a été incapable de proposer autre chose. Même en étant au pouvoir, on a structuré une société profondément inégalitaire.
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