Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

"L'U-E, divisée et fragilisée par des initiatives brouillonnes et individuelles comme celle de Nicolas Sarkozy"

Publié le par Arnaud

De l'échec de Copenhague

à l' émergence d'un multilateralisme du 21 ième siecle !

La Conférence de Copenhague sur le réchauffement climatique s'est soldée par un échec retentissant. Malgré les alertes de la communauté internationale scientifique sur le réchauffement climatique, les chefs d'état de gouvernements des pays riches se sont entendu sur un texte à minima, échafaudé par une poignée d'entre eux triés sur le volet. Comme dans les pires heures de l'OMC, l'absence de démocratie et de transparence a prévalu. Dés le début de la dernière semaine, les arrestations de manifestants pacifiques se sont multipliées pour éviter que la colère et l'impatience de la rue ne soit entendues. Des centaines de jeunes ont été placés en garde à vue, parfois pendant plus de 24 heures, sans aucun motif. La police danoise, forte des nouvelles lois sécuritaires votées dans le pays pour l'occasion a fait le ménage parfois de manière violente.


A partir du mercredi 16, les services de sécurités des Nations unies se sont efforcées de barrer l'accès du lieu officiel de la rencontre, le Bella Center, à des centaines d'activistes d'organisations sociales et environnementales venues des quatre coins de la planète. Nnimmo Bassey, Révérend, Nigérian, et Président des Amis de la Terre était raccompagné vers la sortie entre deux vigiles internationaux, comme un malfrat. Pendant ce temps, les lobbies des multinationales continuaient le travail de green washing auprès des négociateurs nationaux. Sur des écrans géants, elles faisaient la promotion des biocarburants ou du marché du carbone, ambiance d'argent et de pouvoir, avidité ouverte par les nouvelles perspectives de profits grâce à la pollution.

 

Le 18 décembre, place nette était faite à la poignée de puissants de la planète pour qu'ils parviennent à accoucher d'un texte vide de toute ambition. L'accord de Copenhague conclu à la va-vite par 17 chefs d'état n'a aucune portée contraignante et aucune validité juridique. Il souligne cyniquement la nécessité de prendre des mesures urgentes pour limiter le réchauffement atmosphérique lié à l'activité humaine. La volonté de limiter la hausse de la température à 2° Celsius, n'est accompagnée d'aucun chiffre concernant les réductions des émissions de gaz à effet de serre. L'objectif d'une diminution de 80 % d'ici à 2050 est passé à la trappe.

 

Le point 6 ouvre la voie à privatisation et à l'appropriation de l'ensemble des forêts de la planète (REDD+ - Reduction of Emission from Deforestation and Degradation – en français - Réduction des Émissions engendrées par la déforestation et la dégradation), sans prendre en compte l'avenir des populations, peuples indigènes et petits paysans, qui vivent dans ces zones. Le vaste mouvement de spoliation des terres et des forêts va pouvoir s'accélérer. Les états peu scrupuleux, nombreux ou nord comme au sud, vont pouvoir concéder des réserves carbones forestières à des transnationales qui échapperont ainsi à moindre coût aux nouvelles contraintes environnementales. L'accaparement des terres déclenchée par la flambée de prix des denrées agricoles en 2007 va s'emballer.

 

Le paragraphe 7 réaffirme la nécessité de s'appuyer sur les mécanismes du marché, les droits à polluer, pour trouver des solutions. Le libéralisme, le capitalisme, la surconsommation et le productivisme, causes centrales du dérèglement climatique, sortent donc renforcées par l'Accord de Copenhague. Une tonne d'émission carbone est cotée à 14,5 € aujourd'hui sur Bluenext. Une entreprise qui délocalise sa production dans un pays hors Annexe 1 (pays développés) et qui en profite pour mettre en place des infrastructures moins consommatrices d'énergie est doublement bénéficiaire. Elle bénéficie d'une main d'œuvre à bas prix comme en Chine ou au Cambodge et se voit attribuer des crédits carbones supplémentaires qu'elles peuvent réaliser sur le marché mondial. Ce mécanisme entraîne une fuite des émissions carbone vers les économies émergentes mais ne garanti en aucun cas une réduction globale des émissions de gaz a effet de serre.

 

L'Union européenne, divisée et fragilisée par des initiatives brouillonnes et individuelles comme celle de Nicolas Sarkozy, destinée uniquement à sa communication intérieure, a été mise sur la touche. M. Barroso, Président de la Commission, et M. Van Rompuy ont été incapable d'assumer un rôle de leader. L'Europe a perdu la main. L'Organisation des Nations Unies, issue de la seconde guerre mondiale et de la période coloniale, sort totalement délégitimée de cette confrontation. Fragilisée, l'ONU, héritière d'un équilibre politique disparu, est désormais bien incapable de créer les conditions d'une discussion équitable et sereine entre les différents pays et les différentes cultures de la planète. Le multilatéralisme est en panne au moment même où il devrait imposer aux intérêts égoïstes d'une minorité, l'intérêt général des 6 milliards de femmes et d'hommes qui vivent aujourd'hui. Seul maintenant compte le bras de fer entre la Chine et les États-Unis, les deux économies qui produisent le plus de gaz à effet de serre.

 

Au milieu de ce désastre, des voix s'élèvent. M. Apisai Ielemia, Premier ministre de l'archipel de Tuvalu, s'est démené pendant toute la durée de la Conférence pour faire comprendre que le réchauffement climatique est déjà une réalité dangereuse et sinistre pour des centaines de milliers d'habitants des petits états insulaires que les tempêtes et la montée des océans inscrivent déjà sur la liste des réfugiés climatiques. M. Evo Morales Ayma, fraîchement réélu Président de la République plurinationale de Bolivie, a martelé que seule une remise en cause du mode de vie occidentale et la fin du capitalisme qui place le profit économique au centre de toutes les activités humaines permettra de trouver des solutions à la crise environnementales. Partisan du Bien Vivre opposé au Toujours Plus, Evo Morales s'engage pour la reconnaissance des Droits de la Terre, la Tierra Madre ou Pachamama, par des instances multilatérales rénovées.

 

A Seattle en 1999, l'OMC s'était trouvée confrontée pour la première fois à une alliance large englobant certains états du sud, des mouvements environnementalistes et des organisations syndicales qui remettaient en cause le diktat commercial des puissances de l'OCDE et des transnationales. Cette mobilisation au delà des frontières, des cultures et des intérêts corporatistes à permis l'émergence d'une conscience sociale et écologique planétaire. Les dix années qui se sont écoulées entre 1999 et 2009 ont été riches de construction. Les Forum Sociaux Mondiaux de Porto Alegre, de Mumbai, de Bamako ont permis de poursuivre ce vaste travail de mise en réseaux. L'OMC, face à la contestation interne et externe n'a plus jamais été en mesure que ce soit à Doha en 2001, à Cancun en 2003, à Hong-Kong en 2005 de poursuivre son projet de libéralisation des échanges commerciaux. La dernière réunion qu'elle a tenue début décembre est d'ailleurs passé inaperçue. Les contre-sommets de 2002 et 2009 à Rome nous ont permis de préciser le Droit à la Souveraineté Alimentaire. La Conférence de Bali sur le climat en 2007 avait été un premier temps pour renforcer nos analyses et nos propositions écologiques et sociales pour enrayer le réchauffement climatique.

 

Il nous faut maintenant d'un bout à l'autre de la planète nous souder autour d'un double objectif social et écologique qui passe par une remise en cause du développement capitaliste, consumériste et productiviste et par la création d'une véritable instance multilatérale représentative de la diversité des peuples et des cultures.

 

 

José Bové

 

Publié dans Etat de notre planète

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article