Antoine Bonduelle : « La Flandre a du mal à s'insérer dans le monde moderne »

Publié le par Arnaud

 

• LE VISAGE DE L'ACTUALITÉ NOTRE SONDAGE

Qui de plus légitime qu'Antoine Bonduelle, co-fondateur du réseau Action Climat - France et membre du groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC), pour parler de l'environnement en Flandre ? L'ingénieur casselois, 51 ans, a bien voulu réagir au sondage réalisé par notre journal.

 

 

PROPOS RECUEILLIS PAR DAMIEN LEMAÎTRE

hazebrouck@lavoixdunord.fr

 

Quelle est la plus grande difficulté que rencontre la Flandre aujourd'hui ?

« C'est l'étalement urbain, avec des pôles d'habitats éloignés des transports collectifs et des gares. C'est une attitude extrêmement irresponsable, qui rend les familles dépendantes à la voiture et les villages isolés socialement. Il faut savoir que l'on est dans un bassin de population où le taux d'emploi local va rester très bas. À Hazebrouck par exemple, 80 % des salariés vont travailler hors de la ville. »

 

Comment faire pour s'éloigner du tout-voiture ?

« Dans un premier temps, donner aux gens la possibilité de laisser la voiture au garage. La Région et le Département en sont encore aux balbutiements sur le sujet. C'est extrêmement choquant. Je préconise les transports collectifs et le transport modal (deux pôles d'échanges sont en projet à Hazebrouck et Bailleul, ndlr). Hondschoote a essayé de mettre en place le télétravail, j'y crois, ça peut être une idée. » Pourtant, l'A 25 vient d'être rénovée... « Les gens ne se rendent pas compte que l'on a travaillé pour quelques cadres et décideurs politiques... La limitation de vitesse est passée à 130 km/h, alors qu'elle était à 110 km/h. On fait tout le contraire de ce qu'il faudrait faire pour améliorer les choses... »

 

Comme quoi par exemple ?

« Développer les énergies renouvelables, et l'éolien en particulier. La Flandre est toute proche de la mer du Nord, qui peut alimenter la moitié de la consommation en électricité des pays frontaliers, par des éoliennes offshore. C'est le chantier du siècle sur lequel je travaille. Ce parc pourrait produire deux fois plus d'électricité que le parc nucléaire français des années 1970. Mais l'État, par le Grenelle de l'environnement, a décidé de ne pas se mouiller. »  

 

Que pensez-vous de la suspension de la construction de l'incinérateur Flamoval ?

« C'est une décision qui montre à quel point la démocratie n'a pas été respectée dans ce projet d'incinérateur. C'est même un déni de démocratie, avec des élus qui n'ont pas eu en main des pièces du dossier. Il est temps pour tous de se ressaisir. »

 

Vous qui voyagez beaucoup, à quelle région du monde la Flandre ressemble-t-elle le plus ?

« Pour la Flandre maritime, il est évident qu'un lien existe avec le Kent et les Pays-Bas, mais aussi toute la friche du Nord : Brême, Hambourg en Allemagne, le Danemark aussi. C'est plus difficile à dire pour la Flandre intérieure. En revanche, nous sommes plus conformistes qu'eux dans la préservation de l'environnement. Nos dirigeants sont très frileux. L'exemple de Flamoval parle de lui-même. La Flandre fait partie de ces pays qui ont du mal à s'insérer dans le monde moderne. » •

Publié dans Démocratie locale

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