lundi 05.10.2009, 05:02 - PAR BERNARD VIREL
La maison médicale regroupe des professionnels de santé dans les secteurs en situation de pénurie.Si la région a toujours manqué de médecins, les choses devraient encore empirer dans les années à venir. Alors les projets de maisons médicales se montent un peu partout. Parfois sérieusement « boostés » par les élus.
« C'est un projet bâti autour des besoins du patient. » Dans un secteur - Fruges - où l'on sait déjà ce que représente la menace d'une désertification médicale, le Dr Didier Delette, déjà installé dans la commune, résume l'enjeu. « Nous y avons réfléchi il y a trois ans, déjà », dit-il en se tournant vers Jean-Jacques Hilmoine, maire de Fruges. Une union sacrée médecins-politiques pour un projet qui tout de suite portait dans ses gènes une autre approche de la médecine : prévention, travail en groupe et ouverture à d'autres spécialistes. En plus des cinq médecins, la maison devrait s'ouvrir à deux kinés, huit infirmières, une podologue, une orthophoniste, une diététicienne, un cabinet dentaire, sans oublier un vrai pôle prévention.
Une vraie maison pluridisciplinaire dont la première pierre devrait être posée avant la fin de l'année, pour un début de construction au printemps 2010. Avec au passage un coup de pouce du conseil régional (350 000 E pour un budget total de 3,8 ME). Mais un coût au final pas si élevé si le pari - attirer des jeunes médecins - est atteint. Didier Delette y croit : « De toute façon, c'est en proposant un mode d'exercice qui se rapproche le plus possible d'un fonctionnement hospitalier que l'on attirera les jeunes. Pas en leur donnant plus d'argent... » Des chambres sont même prévues pour accueillir des jeunes internes, avec l'ambition non dissimulée qu'ils prennent goût à cette manière de travailler... et à la campagne. Le médecin comme l'élu voient d'ailleurs loin, au-delà des limites de Fruges et même de la communauté de communes (vingt-cinq villages), avec un regard sur l'axe Hesdin - Auxi-le-Château. « On veut, explique Didier Delette, que les médecins installés dans les villages aux alentours aient l'impression de faire partie d'une équipe. » Avec les nouvelles technologies, la liaison devrait être facile pour « obtenir un avis, avoir accès à un dossier ». De quoi rompre l'isolement. « Nous avons pris notre destin en mains », résume le docteur Delette.
Le regroupement, Lionel Leroy y croit également. Cela fait deux ans qu'il a créé, avec des collègues, une maison de santé à Aniche, dans le Douaisis.
Préparée au départ avec un collègue dentiste, l'affaire a, au fil du temps, pris de l'ampleur. Au point de compter maintenant une quinzaine de professionnels (infirmières, kinés, généralistes, podologue et même psychiatre vacataire). « S'il y a une philosophie à ce projet,explique le docteur Leroy, c'est bien de pouvoir se rencontrer entre collègues dans un même lieu, avoir la possibilité d'un échange autour du malade, résoudre certains cas plus compliqués. » Chacun doit adhérer. La preuve avec les kinés qui sont venus se greffer sur le projet déjà lancé. « On leur a demandé d'être très réactifs dans certains soins et prises en charge, comme dans le cas d'une bronchiolite par exemple », poursuit-il. Ce qui visiblement plaît aux professionnels : ainsi les infirmières sont plus nombreuses à postuler qu'il n'y a de places... La maison de santé pourrait ne pas s'arrêter en si bon chemin, en faisant venir ponctuellement d'autres spécialistes. « Ceux qui n'ont pas besoin de matériels trop lourds, poursuit le docteur Leroy, comme les dermatologues, les cardiologues par exemple. » Ils pourraient assurer des consultations dans cette maison de santé et ainsi « éviter à 50-60 personnes de se déplacer dans les différents cabinets, notamment à Douai ». Affaire à suivre. En attendant, l'ambition de la maison de santé - « Savoir qu'on n'est pas tout seul... » - n'est pas près de se démentir.
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