zéro déchet... zero pointé pour Flamoval

Publié le par Arnaud

Reportage
Dans le Colorado, le "zéro déchet" est en passe de devenir une réalité

LE MONDE | 23.09.09 |

Boulder (Colorado) Envoyé spécial

Si les Etats-Unis, parangon de la société de consommation, réussissent un jour à tirer profit de
leurs montagnes de poubelles, ce sera grâce à lui. Regard pétillant, sourire jovial et barbe
fleurie, Eric Lombardi est, à 54 ans, le pionnier américain du recyclage, le porte-drapeau des
militants du "zéro déchet". Un défi qu'il relève dans la ville de Boulder (Colorado), havre d'écologie
posé au pied des montagnes Rocheuses.

Eric Lombardi y dirige Eco-Cycle, la plus grosse organisation de recyclage à but non lucratif des
Etats-Unis : ses soixante salariés trient 50 000 tonnes de déchets par an, soit près de la moitié de
ce que jettent les 300 000 habitants du comté. Le reste est transporté par camion et enterré dans
une décharge, à quarante kilomètres de là.

Peut-être plus pour longtemps : la municipalité et le comté, engagés dans une démarche "zéro
déchet", viennent de voter, au mois d'août, l'agrandissement du complexe de recyclage
ultramoderne géré par Eco-Cycle. Soit 8 millions de dollars (5,4 millions d'euros)
d'investissement, ajoutés aux 14 millions de dollars (9,5 millions d'euros) déjà déboursés. Une
politique financée par une des rares taxes locales du pays sur les déchets ménagers.
Eric Lombardi sait se montrer persuasif. "J'ai une armée de huit cents volontaires prêts à occuper
l'hôtel de ville en cas de besoin", s'amuse-t-il. L'homme a des arguments, écologiques autant
qu'économiques. "Nous gagnons de l'argent que nous réinvestissons. Il y a un marché pour tous
les types de déchets : papier, métal, gravats de chantier, compost... même les plus difficiles à
recycler, comme les plastiques ou le polystyrène", assure-t-il. Certains partent pour la Chine, la
plupart restent aux Etats-Unis.

Pour lui, "les décharges et les incinérateurs ne sont compétitifs que parce qu'ils ne payent pas au
juste prix les dommages qu'ils infligent à notre santé, à l'environnement et aux ressources
naturelles. En enterrant et en brûlant les ordures, on détruit à jamais ce qu'il faut d'urgence
considérer comme des richesses à réintroduire dans l'économie".

Tout a commencé à Boulder, en 1976. A la tête de la toute première association de recycleurs
bénévoles des Etats-Unis, Eric Lombardi organise alors la collecte des déchets directement chez
les particuliers. "Le tri et le recyclage étaient trop nouveaux pour des élus qui n'aiment pas
prendre de risques, et d'une rentabilité trop incertaine pour le secteur privé. L'initiative ne
pouvait venir que de la communauté", juge-t-il.

"Irresponsabilité"

Trente ans plus tard, en charge d'un outil professionnel, il crée la première organisation nationale
militant pour le "zéro déchet" : le Grassroots Recycling Network. "Je me suis dit que le recyclage
n'était qu'un début. On sait d'où viennent les déchets : de l'irresponsabilité des industriels dans la
conception de leurs produits, depuis les procédés de fabrication jusqu'aux emballages."
Mobilisant des milliers de citoyens et des dizaines d'universités, le réseau engage une série de bras
de fer très médiatisés avec les industriels pour les contraindre à rendre leurs produits réutilisables
et à employer des matériaux recyclés. Des compagnies comme Coca Cola ou Dell sont obligées de
céder. D'autres, comme Wall Mart, préfèrent se convertir avant d'être prises pour cibles.
Cofondateur de la Zero Waste International Alliance, Eric Lombardi porte désormais son message
dans le monde entier. Avec un double argumentaire : "Le recyclage intégral est le meilleur moyen
pour une ville d'atteindre les objectifs de Kyoto. Mais c'est aussi un bon business, qui crée dix fois
plus d'emplois qu'une décharge." Sans oublier l'argument massue : "Les premiers à se lancer
deviendront milliardaires !"

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