"nous sommes élus du peuple"... et le peuple n'a plus mot à dire ?

Publié le par Arnaud

« Flamoval : On y va. Ça va démarrer »

Hervé Saison (maire d'Hondschoote) convaincu par le choix de l'incinérateur Flamoval

mercredi 23.09.2009, 14:00 journal des flandres

 Hervé Saison (maire d'Hondschoote) est vice-président réélu, lundi soir au SMFM (Syndicat mixte Flandre Morinie) depuis mars2008. Membre du SMFM depuis 2001, au siège de Claude Gosset, président fondateur.

 

Hervé Saison nous avait reçu fin juillet. Huit jours après la manifestation des "Bonduelle" et d'agriculteurs légumiers contre le projet.


Lundi, il a été réélu vice-président du syndicat mixte

Un président qui présente sa démission. Une communauté de communes qui veut partir... le SMFM a connu la tourmente avant l'été. Le vote de lundi soir change-t-il la donne ?

« Oui, certainement. La tourmente, ce n'est plus le cas avec les élections d'hier, dont celle de Joël Duquenoy, pas à l'unanimité, mais presque, avec 24 voix sur 28. Sur ce projet Flamoval, il faut se souvenir que les trois structures ont été unanimes depuis le début. Toutes les décisions (l'implantation, le coût du projet, les appels d'offres, le choix du process, celui des maîtres-d'oeuvre...), toutes ces options ont été votées à l'unanimité de tous les délégués. Cet état d'esprit a prévalu jusque 2008. Après les élections municipales, de nouveaux élus ont siégé au syndicat mixte. De la contestation est effectivement apparue ; surtout de deux élus, du SMICTOM (Hazebrouck), des gens qui ne connaissaient pas ce projet à la différence de ceux qui le portent depuis des années ».

Que pensez-vous de la demande de moratoire de certains élus du secteur ?

« Pas de moratoire. Le SIROM s'est réuni à Rexpoëde, d'ailleurs, où tous les éléments ont été apportés par Régis Laporte, le président de la structure. Le procédé de biopresse s'est révélé pas du tout adapté. Brûler des déchets n'est pas pire que de les enterrer sans se soucier de leur devenir.
Au moins, avec l'incinérateur, nous maîtrisons tout ; car on a des analyses permanentes ».

Que pensez-vous de la manifestation organisée le 18 juillet par le Comité d'établissement de l'entreprise Bonduelle ?

« On n'a pas trop d'opinion à émettre, sauf que nous comprenons les inquiétudes des salariés de l'usine, si leur patron fait sentir à ses ouvriers qu'il fait planer une incertitude sur la pérennité de l'usine. Mais quel type de problème peut poser Flamoval à Bonduelle ? »

 Christophe Bonduelle évoque l'image de marque qui s'en trouverait écornée ?

« Compte tenu de la renommée mondiale de cette entreprise, au-delà de la clientèle locale, les acheteurs sont parisiens, du sud de la France ou de tout autre pays européen... personne ne sait que Bonduelle a son siège à Renescure. Le consommateur se fiche pas mal si les légumes qu'il consomme sont produits au pied d'une quelconque usine ».

Etes-vous surpris par l'attitude de la direction de Bonduelle ?

« Un élément du questionnement réside dans le fait que Bonduelle ait communiqué par voie de presse qu'il cultive des légumes auprès d'un incinérateur et que cette situation ne posait pas de problèmes*. Autre élément de questionnement, certaines productions, comme l'AOC Rivesaltes sont produites au pied d'un CVE (centre de valorisation énergétique). Et ce n'est pas le seul cas de proximité avec des produits transformés par l'industrie agroalimentaire. On ne comprend pas pourquoi il y aurait un problème spécifique avec Flamoval ; d'autant que Flamoval est un projet qui va se poser en référence au niveau européen, car c'est l'équipement le plus élaboré au niveau de la protection de l'environnement. On a d'ailleurs reçu les encouragements de Jean-Louis Borloo, ministre de l'écologie et du développement durable ».

Entre Bonduelle et les porteurs du projet Flamoval cela ressemble à un dialogue de sourds ?

« Sur les éléments techniques, Bonduelle ne peut rien nous reprocher. Je dirais que Bonduelle ne s'inquiète jamais de tout ce que l'industrie audomaroise peut produire dans l'atmosphère. Ne s'est-il jamais inquiété des rejets que pouvaient produire à une autre époque les incinérateurs du Brockus à Saint-Omer ou celui de Strazeele... alors bien éloignés des normes que nous mettons en place sur Flamoval. Je suis assez d'accord avec Joël Duquenoy, le maire d'Arques, quand il dit que Bonduelle a manipulé ses salariés. Joël Duquenoy a écrit à Bonduelle pour connaître le montant des investissements réalisés les cinq dernières années. Mi-septembre, nous n'avons toujours pas de réponses. Nous aurions aimé que Bonduelle accepte le dialogue, qu'il soit transparent ».
Certains élus voudraient faire marche arrière. Le projet Flamoval est lancé. On ne l'arrête pas

Considérez-vous comme sérieuses les menaces de Bonduelle, délocalisant son usine de Renescure ?

« Si on voulait jouer le même jeu, nous pourrions. Comme élus, faisons en sorte que toutes les cantines scolaires, toutes les maisons de retraite qui consomment des produits agroalimentaires ne choisissent plus ceux produits par le groupe Bonduelle. Nous entrerions dans un jeu assez comique. Nous pourrions jouer le même type de chantage, mais à quoi cela avancerait ? ! ».

Bonduelle représente tout de même une puissance, une des premières fortunes de France...

« Nous, nous sommes élus du peuple. Nous représentons plus de 250 000 personnes. Nous avons toujours été soutenus par des votes unanimes. Ça aussi c'est une force ».

Les travaux sont-ils prêts à démarrer ?

« Les ordres de services sont déjà signés. On nous a fait craindre que le monde bancaire se montrerait frileux à nous suivre. Or sur les 75  millions d'euros empruntés, et bien ils sont prêts à nous suivre. Le groupe reformé au syndicat mixte (lire l'issue du vote ci-dessous) réinsuffle du dynamisme On y va. Tout a avancé depuis l'été. Ça va démarrer ».

Ludovic BOUTIN
 * Hervé Saison fait référence à un article de La France Agricole, paru en 2002, titré « Des légumes de qualité au pied d'un incinérateur : le cas d'Ouarville (Eure-et-Loir) ».

Commenter cet article