trop de monde ou trop d'actes manqués ?

Publié le par Arnaud

«Le débat sur la surpopulation n'a guère de sens»

30/03/2009 12:12 le journal de l'environnement

Sommes-nous trop nombreux? Titulaire d'une chaire Développement durable-environnement, énergie et société au Collège de France inaugurée au début du mois de mars, le démographe Henri Leridon estime que, plus que la surpopulation, ce sont les comportements qui sont à remettre en cause.


Vous êtes démographe et vous voyez confier une chaire «Développement durable-environnement, énergie et société». Pourquoi une telle association?

Selon les projections de l'ONU, nous devrions passer de 6,7 milliards d'habitants aujourd'hui, à 9,2 milliards en 2050. Comment les nourrira-t-on? Quel sera leur impact sur l'environnement? Quand on parle de problèmes d'alimentation, d'eau, de pollution, on commence toujours par mettre en cause la surpopulation.
La préoccupation démographique, d'un point de vue environnemental, est apparue dans les années 1970, où l'on voyait la population mondiale croître au rythme exponentiel de 2% par an, soit un doublement de la population en 35 ans.
Le programme des Nations unies pour l'environnement (Pnue) et le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du changement climatique (Giec) sont créés peu après. Vient ensuite le rapport Brundtland en 1987 sur le développement durable. Ce concept connaît un succès rapide, ce qui est rare pour une idée aussi neuve et large. Aurait-elle pu se propager sans la «pression» démographique?

La croissance démographique suffit-elle à expliquer l'augmentation des atteintes environnementales?

Non, cela n'explique pas tout. Une partie du problème seulement est liée à la démographie. Prenons le cas de l'alimentation. A priori, on peut penser que si la population augmente de 50%, il faudra augmenter la production de nourriture de 50% pour assurer un niveau équivalent. C'est très insuffisant. Selon la FAO, il faudrait plutôt l'augmenter de 100, voire 200%, d'une part pour éviter qu'un sixième de la population continue d'être mal nourrie, et d'autre part à cause d'un changement des habitudes d'alimentation, plus carnée, de la population.
S'il faut donc accompagner la tendance spontanée à la hausse du nombre de calories consommées dans une partie du monde, il faudra aussi envisager une baisse dans les autres parties -ne serait-ce que pour des raisons de santé.

Le monde est-il en surpopulation?

Le débat sur la surpopulation n'a plus guère de sens. Le nombre d'enfants par femme est passé de 5 en moyenne il y a 20 ans à 2,7 aujourd'hui. Comme le niveau de remplacement de la population est de 2,1, nous avons donc parcouru 80% du chemin vers les conditions d'une stabilisation de la population mondiale.
Par ailleurs, l'ONU estime qu'avec 2,1 enfants par femme immédiatement, nous serions quand même 8,2 milliards d'habitants en 2050. Le capital de croissance qu'a emmagasiné une population est difficile à réduire, et l'inertie de celle-ci est telle qu'on ne peut pas espérer une diminution rapide de la population, sauf à tuer les gens en masse!

Existe-t-il des politiques «douces» de réduction de la natalité?

L'Inde a mis en œuvre, dans les années 1970, une politique de stérilisation, sinon forcée, du moins accompagnée d'incitations financières telles que les gens pouvaient difficilement y résister. Politique qui a d'ailleurs été l'une des raisons de la non-réélection du gouvernement d'Indira Gandhi en 1977.
En Chine, le gouvernement n'a pas eu à «subir» la réaction de la population, mais il est certain que des pressions ont été exercées sur les familles après la mise en place de la politique de l'enfant unique en 1979. La baisse de la fécondité a été très rapide, plus rapide qu'en Inde.
Dans beaucoup d'autres pays, des incitations au planning familial moins contraignantes ont été mises en œuvre, souvent avec des résultats importants, comme en Iran. Dans ce pays, la maîtrise de la natalité a été encouragée par le pouvoir, mais sans qu'il en fasse la promotion explicite.
Quant aux Français, c'est dès la fin du XVIIIe siècle, qu'ils ont commencé à limiter leur descendance, avec les moyens du bord -comme le retrait-, au point que la fécondité a atteint 2 enfants par femme à la fin du XIXe siècle, sans politique incitative dans ce sens, bien au contraire.

Quels indicateurs utiliser pour mesurer l'impact de la population sur l'environnement?

Le Pnue s'y intéresse, mais le croisement entre impact environnemental et démographie n'est pas fait suffisamment. Pour ma part, je ne suis pas favorable à la notion d'empreinte écologique. C'est un indicateur très compliqué et très imparfait. Dire 'nous utilisons deux fois les capacités de la planète' me paraît peu compréhensible, puisque nous vivons bel et bien avec une seule planète! Ceux qui en font la promotion disent que c'est un indicateur pédagogique, mais je ne trouve pas cela évident...
Il ne faut sans doute pas chercher à caser toutes les atteintes à l'environnement dans un seul indicateur. Mais l'équivalent carbone est déjà plus concret, plus parlant; comme de dire aux gens, par exemple, quel est le volume de leurs propres déchets ou l'équivalent en eau de la nourriture gaspillée.

En Allemagne ou en Russie, la natalité est en baisse. Pourtant, les émissions augmentent ou stagnent. Y a-t-il forcément corrélation entre baisse de la population et réduction de l'impact environnemental?

La variable démographique est souvent mise en avant, mais elle n'est pas seule à avoir un impact. Une autre variable-clé est le comportement. Le problème, c'est la marge de manœuvre réaliste dont nous disposons pour agir sur les comportements.
La consommation d'énergie par habitant est un exemple révélateur: En la matière, il existe un écart de 2 à 1 entre les Etats-Unis et les pays de l'OCDE. Pourtant, s'il faut en croire leur consommation, les Européens ne sont pas bridés! Il reste donc une énorme marge de manœuvre, et c'est là-dessus qu'il faut se focaliser.

Publié dans Etat de notre planète

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jenofa 07/04/2009 21:26

Evidemment que nous, nous devons consommer moins-- et en tous cas, mieux! Même si "mieux" ou même "différemment" est déjà un mot obscène pour ceux qui vivent dans des pays où, à cause de nous, ils n'ont rien à consommer.Mais cela ne retire rien à cette évidence qu'un système fini ne peut contenir un système infini.Et vous me parlez de nourrir une humanité croissante. Je ne me fais pas d'illusions, je sais qu'elle va croître encore, sauf pandémie mondiale ( que je ne souhaitee évidemment pas). Mais l'accepter avec le sourire, comme une rayonnante évidence, me semble être aux antipodes de l'engagement écolo.D'autant que, permettez-moi de répéter, l'Homme ne vit pas que de bouffe, bio ou pas."Sans espace, point d'innocence ni de liberté", disait Albert Camus.Sans la beauté, sans l'altérité qu'est le reste du monde vivant, nul ne survivra, ni physiquement, ni surtout psychologiquement.Je précise : j'adore les enfants, ils me font tous fondre de tendresse.

jenofa 07/04/2009 20:35

Ben--euh--- je vous rappelle que parmi nos parents Verts, il y a Dumont, Yourcenar "Zero populatrion growth", "Make love, not babies", etc, etc.Dites, consommation + ou consommation -, vous allez faire comment pour faire tiendre une expansion infinie dans un espace fini?Vous êtes pour le départ des zumains sur Vénus ou koa?Ou alors vous êtes en train de calculer la place qu'il faut à chaque humain pour se nourrrir, dormir ( quoique, après tout, avec un peu d'entrainement, ça doit pouvoir se faire à la verticale, comme la copulation), et la défecation?Voilà où en sont les Verts!Quelle tristesse!

Arnaud 07/04/2009 21:05


ou en sont les verts vous dites eh bien ils font place au débat puisque je le rappelle Monsieur Cochet est député Vert et moi suis militant de base Vert... pas le même positionnement mais le débat
comme je l'indique reste ouvert. La problèmatique en soi ici n'est pas le manque de place (on n'y est pas encore) mais comment nourrir une population croissante et comment éviter notre empreinte
destructrice ?  Pour ma part je laisse encore une lueur d'espoir pour dire que l'on peut éviter une régle stricte par l'éducation et la rationnalisation. En effet penser à moins consommer
pourrait permettre de se dire mieux partager et certainement espérer aussi mieux vivre. Cela sera-t-il suffisant pour qu'une autorégulation se fasse au niveau mondial, je n'en sais absolument rien
mais dans l'immédiat cela permet de se dire qu'on a peut être déjà des étapes à franchir pour éviter le pire.


Xavier 06/04/2009 21:55

Info. brute, lue dans Libération de ce lundi 06 avril 2009 : Le député des Verts Yves Cochet (Paris – 14è circ.) a profité samedi 4 avril d'un colloque de la revue de la décroissance Entropia, à Paris, pour apporter une solution surprenante à l'actuelle crise économique et écologique. Selon lui, un enfant européen ayant "un coût écologique comparable à 620 trajets Paris-New York", il faudrait faire voter une directive baptisée "grève du troisième ventre" qui inversearit l'échelle des prestations familiales. En d'autres termes, dissuader financièrement les familles qui envisageraient de concevoir un trop-plein d'enfants. "Aujourd'hui, plus on a d'enfants, plus on touche. Je propose qu'une famille continue de percevoir des aides pour les deux premiers enfants, mais que ces aides diminuent sensiblement à partir du 3ème", a déclaré le député devant les 150 participants des milieux écologistes et altermondialistes. -------------------------------------------------Ces propos d'Y. Cochet susciteront sans doute beaucoup de réactions, de toutes parts, et il sera intéressant de lire les analyses de ceux qui sont d'accord avec lui, et de ceux qui seront en total désaccord !Affaire à suivre ... !

Arnaud 06/04/2009 22:51


en effet le sujet est sensible et si j'ai relayé ccet article c'est qu'il permet d'avoir un autre regard sur l'accroissement de la population. Doit-on inciter à diminuer le nombre d'humain sur la
terre ? J'ai pu lire dans différents commentaires  sur ce thème des personnes pronant la régulation de la population comme seule solution pour répondre aux différentes crises (écologique,
alimentaire, ...). Cette éventalité, je l'avoue me déplait parce que restrictive et trop comptable à mon gout mais c'est une thèse qui se tient. Alors oui je préfére pour l'heure la version d'Henri
Leridon à celle de Yves Cochet même si le débat reste entièrement ouvert et indispensable surtout si nous continuons à ne pas savoir prendre le virage politique que les enjeux d'aujourd'hui
nous demande de prendre...