la convergence des luttes ?

Publié le par Arnaud

Objet: ] ZEP [ L'antisarkozysme .


L'antisarkozysme est de retour. Ce qui n'était encore qu'une réaction
des milieux les plus militants et radicaux aux débuts de la présidence
de Nicolas Sarkozy devient un sentiment plus répandu dans l'opinion.
Alors qu'il peine à convaincre de la pertinence de son plan anticrise,
le chef de l'Etat cristallise un mécontentement croissant.


Huit cents personnes ont assisté, le 9 février, au Théâtre du
Rond-Point, à Paris, à un débat sur le thème "Demain, la révolution ?"
: des cadres ou représentants des professions intellectuelles, des
sexagénaires. L'animateur de la soirée, Philippe Lemoine, patron de
Lafayette Services, est à la tête d'un think tank, le Forum d'action
modernités, qui développe ce type d'événements. Il s'entoure
d'intellectuels comme Yann Moulier Boutang, théoricien du Capitalisme
cognitif, de personnalités comme Benoît Thieulin, cofondateur de la
Netscouade et créateur du site Désirs d'avenir de Ségolène Royal,
d'acteurs de l'économie sociale comme Jean-Marc Borello, fondateur du
groupe S0S ou Tarik Ghelazi, du site La Fronde économique, et de
représentants des arts tel Robert Cantarella, codirecteur du
Centquatre.

Ce dernier s'exprime dans les grèves ouvrières contre les fermetures
d'usines, mais aussi dans des catégories jusqu'ici relativement
protégées : magistrats, avocats, médecins, enseignants, étudiants et
cadres. "On assiste à une déception incontestable de l'électorat. Elle
ne s'est pas encore transformée en désaffection. Mais la crise et la
remontée du chômage ne peuvent que générer un mouvement social qui va
se traduire par un antisarkozysme plus marqué", analyse Denis Pingaud,
vice-président exécutif de l'institut Opinionway.

Le refus d'une société mise en fiches, déshumanisée et au service de
l'argent roi, s'est élargi. Multiforme, la contestation va des
altermondialistes aux Verts, en passant par les militants anti-OGM et
les opposants à l'incarcération de Julien Coupat dans l'affaire des
sabotages des lignes SNCF.

L'"Appel des appels" en est la traduction. Depuis son foyer d'origine
(les milieux psychanalytiques), il a su fédérer une multitude de
mécontentements via les collectifs "Non au fichier Edvige", "Pas de
zéro de conduite pour les enfants de trois ans", "Sauvons l'hôpital
public", "Sauvons les Rased" (réseaux d'aides spécialisées aux élèves
en difficulté), "Sauvons la recherche", "Sauvons l'université"...
L'initiative surfe sur les réformes tous azimuts voulues par M.
Sarkozy.

"Le temps est venu, de coordonner ces différents mouvements et d'en
tirer tout le sens politique", préviennent les signataires de ce
manifeste qui a déjà conquis 71 000 personnes. L'un de ses
initiateurs, Roland Gori, psychanalyste, souhaite, lors d'une réunion
à Paris, le 22 mars, transformer la pétition en "cahier des charges,
comme les cahiers de doléances de 1789" et constituer un front uni des
protestations.

"CONVERGENCE DES LUTTES"

D'autres expériences militantes témoignent de ce changement de climat.
Leila Chaibi, une des animatrices de "l'Appel et la pioche", collectif
de jeunes précaires et salariés proches du Nouveau Parti
anticapitaliste (NPA), assure que les actions de réquisition qu'elle
organise dans des supermarchés attirent de plus en plus de monde. "Les
gens sentent bien que le pouvoir se fout d'eux et qu'on peut repousser
les limites de la désobéissance civile", explique-t-elle.

Le même écho provient des militants de Génération précaire, qui
dénoncent les stages gratuits, ou de Jeudi noir dans le domaine du
logement. "Les mauvaises réponses à la crise fédèrent contre Sarkozy,
et le ras-le-bol monte", confirme Julien Bayou, qui participe à ces
mouvements. Les politologues notent que Nicolas Sarkozy n'a plus le
monopole du "mouvement" sur la scène politique, dont il disposait
encore à l'automne 2008 malgré une popularité en baisse. L'aggravation
de la crise économique et le sentiment que le plan de relance n'est
pas à la hauteur ont changé la donne.

"La logique du mouvement perpétuel voulue par Sarkozy est arrivée à
épuisement. Elle ne marche plus parce que le mouvement social a réussi
à faire le lien entre des mobilisations aussi différentes que celle
des enseignants-chercheurs, celle contre les licenciements dans
l'automobile ou dans le secteur hospitalier", résume Vincent Tiberj,
chercheur à l'Institut d'études politiques de Paris.

La montée de la contestation sociale, sectorielle, puis nationale avec
l'entrée en scène des confédérations syndicales, a, semble-t-il, donné
un sens au ressentiment anti-Sarkozy. La grande manifestation
interprofessionnelle du 29 janvier en a été, à ce jour, l'expression
la plus forte. "L'antisarkozysme fédérait tout", remarque Annick
Coupé, porte-parole de Solidaires.

"Le 29, s'est exprimé le rejet du mépris ressenti de la part du
président. Le slogan "tu l'as vu ma grève ?" en était le symbole",
renchérit Jérome Fourquet, directeur de l'IFOP.

"C'est l'expression d'un anti-sarkozysme par le bas, d'un nouvel
imaginaire politique inscrit dans le mouvement social", assure encore
Stéphane Rozès, directeur général de l'institut CSA. Un climat dont
profite la gauche radicale, M. Besancenot en tête. La victoire du
Collectif LKP en Guadeloupe s'est inscrite dans ce paysage.

Le maître mot est désormais la "convergence des luttes". Prochain
rendez-vous : le 19 mars, nouvelle journée de mobilisation
interprofessionnelle.

Marc Dupuis et Sylvia Zappi Le monde

Publié dans Actu

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