Le député du Béthunois et maire de Saint-Venant, André Flajolet, a adressé un courrier à Nathalie Kosciusko-Morizet, secrétaire d'État chargée de l'Écologie, dans lequel il dénonce le projet d'incinérateur Flamoval. Chargé par le Premier ministre d'une mission sur les inégalités territoriales de santé, André Flajolet estime avoir « son mot à dire ».
PROPOS RECUEILLISPAR DAVID MONNERY
aintomer@lavoixdunord.fr PHOTO ARCHIVES PATRICK JAME
Pourquoi êtes-vous contre le projet d'incinérateur Flamoval ? « J'y suis opposé pour trois raisons. La première c'est que notre territoire a déjà tellement subi les effets
néfastes de l'incinération, que j'y suis réticent, y compris pour les équipements de nouvelle génération. Deuxièmement, parce que c'est la solution de facilité prise aux dépens de procédés plus
durables tels que la valorisation. Et troisièmement car il y a une incohérence majeure avec la présence d'un incinérateur sur un territoire rural et environnemental de grande qualité.
L'incinération dysfonctionne nécessairement car ce qu'on lui apporte ne lui convient pas. Dans l'incinérateur de Labeuvrière j'ai même vu arriver des grenades ! »
Si les incinérateurs sont dangereux, pourquoi le Grenelle de l'environnement n'a pas décidé de lancer un moratoire sur l'incinération ? « Parce que l'État n'a pas à se substituer au
choix des départements. C'est à chacun de prendre ses responsabilités. L'État n'est pas là pour dire aux départements que leur copie est mauvaise, mais il peut leur dire de la revoir en mettant
en avant des procédés tels que la thermolyse ou la méthanisation. »
Vous estimez que le plan départemental d'élimination des déchets élaboré en 2002 est obsolète. Que réclamez-vous ? « Je demande qu'il soit révisé pour tenir compte des avancées
technologiques, des nécessités d'éducation, et inciter les entreprises à être plus respectueuses notamment en matière d'emballage. Il faudra d'ailleurs que l'État légifère un jour pour limiter
les emballages. »
Vous vous souciez du fait que le projet d'incinérateur se trouve sur le territoire du parc naturel régional. Cela veut-il dire qu'il serait plus acceptable ailleurs ?« Cette
question ne se poserait pas avec les alternatives à l'incinération qui auraient pu être accueillies par n'importe qui. Mais je constate une satisfaction de certains de voir que ça ne se passe pas
sur leur territoire. Cela peut expliquer certains appuis à ce dossier aux origines pour le moins douteuses. »
Pourquoi le débat fait-il rage actuellement alors que cela fait sept ans que le projet est lancé ? « Cela ne fait pas sept ans qu'on étudie une meilleure solution que
l'enfouissement pour traiter les déchets, cela fait sept ans qu'on se focalise sur l'incinération, dans ce dossier. Il n'y a pas eu de réelle volonté d'étudier les alternatives. Si on remettait
tout à plat, ça ne prendrait pas sept ans pour trouver une solution. »
Votre avis, en tant que chargé de mission par le Premier ministre pour réduire les inégalités territoriales de santé et de prévention, sera-t-il pris en compte dans la décision finale ?
« Ni plus ni moins, mais j'ai mon mot à dire. J'estime qu'il est de mon devoir de me prononcer sur ce sujet important qui engagera pour un quart de siècle un territoire qui m'est
proche. » •
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