Une campagne pour accélérer le raz de marée de l'éolien
offshore De notre correspondante à Amsterdam SABINE CESSOU QUOTIDIEN : mardi 9 septembre 2008
«Crâne». L'administration doit encore identifier les sites, alors que les 1 200 turbines qui restent à construire pourraient alimenter 6 millions de ménages et tous les trains en
circulation, rappelle le WWF. «Au rythme où vont les choses, la capacité ne sera jamais installée d'ici 2020», reconnaît Chris Westra, directeur du think tank qui travaille sur
le projet de parc éolien offshore. «Nous avons tout intérêt à investir dans l'éolien, mais les responsables politiques ne se sont pas encore assez enfoncé cette idée dans le crâne»,
a-t-il déclaré à la Radio néerlandaise internationale (RNW). Roi de l'anticipation, le pays s'inquiète de l'épuisement de ses réserves de gaz naturel, d'ici 2040, mais aussi du réchauffement
climatique et de la montée du niveau de la mer. Aussi, les autorités veulent faire passer la part des énergies renouvelables dans la production nationale d'électricité de 6 %, le niveau actuel, à
20 % d'ici 2020. Lancée en 2003, la construction d'un vaste parc offshore en mer du Nord s'inscrit dans cette politique très fortement subventionnée par l'Etat, mais qui tarde à décoller.
Pas moins de 10 milliards d'euros de deniers publics doivent être investis, pour la mise en service de 30 parcs éoliens, entre 2008 et 2020. Pour l'instant, seules deux de ces
«fermes à turbines» sont entrées en activité, chacune subventionnée à hauteur de 500 millions d'euros et gérée par le privé. Ce maigre résultat est dû aux innombrables procédures et délais
imposés par l'administration, estiment les industriels néerlandais.
Des débats lancinants ont aussi remis en question la rentabilité des éoliennes. Selon les calculs du Bureau central de planification (CPB), une agence gouvernementale, le vent ne peut être viable économiquement que si le baril de brut coûte plus de 70 dollars sur toute la période 2010-2040. Cette hypothèse, qui paraissait haute au moment où elle a été formulée, début 2007, est aujourd'hui totalement dépassée, avec un baril qui frôle les 150 dollars. La donne a tellement changé que la construction de parcs éoliens offshore relève de l'urgence, y compris pour le pétrolier Shell, qui a construit le premier parc offshore des Pays-Bas. L'éolien fournit déjà 2 % de l'électricité consommée nationalement, avec 1 700 turbines installées, et représente 30 % des énergies renouvelables utilisées, contre 45 % pour l'incinération de la biomasse et seulement 0,5 % pour le solaire. Très contestées sur la terre ferme, les turbines en haute mer ne vont plus gâcher le paysage ni gêner les riverains. Mais de nouvelles voix s'élèvent pour dénoncer leurs dangers. Où vont circuler les navires, sur les routes maritimes les plus fréquentées d'Europe, si les «moulins à vent» se multiplient ?
«Place». «C'est un vrai problème», prévient Cees van den Tak, de l'Institut de recherche maritime des Pays-Bas. Pour éviter les collisions et le scénario catastrophe de chute
d'éolienne sur un supertanker, il faudrait construire les turbines dans la partie la plus septentrionale de la mer du Nord. Seul problème : l'éloignement rendrait trop cher l'acheminement de
l'électricité jusqu'à la côte... «Il y a de la place», assure Chris Westra. «Les parcs éoliens offshore sont l'une des solutions», insiste de son côté Donald Pols, chef du
département climat du WWF aux Pays-Bas, qui en a fait l'un des grands axes de sa campagne contre la fonte des glaces au pôle Nord.
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