Participation des jeunes

Publié le par Arnaud

Pour poursuivre dans la notion de démocratie participative, je vous livre ici un travail que j'avais effectué dans le cadre de ma Vice Présidence au sein du mouvement d'éducation populaire et d'Eglise qu'est l''Action Catholique des Enfants il y a moins de 2 ans.
En effet, la notion de participation concerne aussi les enfants et les jeunes comme acteur à part entière de la cité, notion que nous avons tendance malheureusement soit à mettre de côté ou soit à détourner de son objectif à des fins de communication

L'évolution de la place de l'enfant dans la société

De son anonymat à sa participation

 

 

A l'époque médiévale ( vers le IV-XVème siècle)… L'enfant anonyme

 

ü     Les enfants durant cette période étaient confondus avec les adultes. L'enfance était perçue comme un état transitoire dont il ne fallait pas s'attacher car ceci pouvait être un "éventuel déchet"(1) dû au fort taux de mortalité infantile.

ü     Dès l'âge de sept ans (estimant qu'il n'avait plus besoin de sa mère ou de sa nourrice), il rentrait dans le monde des adultes. "Il apprenait les choses qu'il fallait savoir en aidant les adultes à les faire"(1).

ü     Ce n'est pas pour cela que l'enfant se retrouvait méprisé ou abandonné mais il n'y avait pas tant d'investissement affectif.  Les parents savaient qu'ils s'occupaient des enfants pour la collectivité et l'enfant était baigné dans une relation sociale de promiscuité et d'entraide (parents, grands-parents, voisins, etc).(2)

 

 

Le développement de l'école (entre le XV et XIXème siècle)… L'enfant, cet adulte en devenir

 

ü     Sa généralisation au fil des siècles va entraîner un grand changement dans le statut de l'enfant. Elle mettra fin, au fur et à mesure de son expansion, au mélange enfant/adulte. L'enfant, par l'école, sort de son anonymat.

ü     L'école devient le nouveau lieu d'éducation qui transforme l'enfant en adulte. "L'enfant devient un élément indispensable de la vie quotidienne, on se préoccupe de son éducation, de son placement, de son avenir"(1). L'éducation de l'enfant prend une part importante dans la réflexion des grands penseurs. L'enfant est un adulte en devenir à former : « Faites-en vos égaux, afin qu'ils le deviennent ».(3)

ü     La famille commence à prendre ses distances par rapport à la société, elle se construit une zone de vie privée. Elle va commencer à se concentrer sur l'enfant qui reste plus longtemps au foyer.

 

 

De la révolution industrielle (XIXème siècle) à nos jours… l'enfant rare, précieux et isolé

 

ü     L'enfant qui auparavant avait une fonction économique importante en étant une main d'œuvre et le futur bâton de vieillesse des parents va se transformer dans notre société économique davantage comme "un coût, un luxe". La révolution industrielle transforme profondément notre organisation sociétale (de la production rural à la consommation industrielle) et accélère également les progrès notamment médicaux.

ü     L'enfant devient un coût budgétaire parmi d'autres envisagés. Un coût social pour le couple qui pense à son ascension socio-économique et transforme leur projet de vie. Un coût psychologique car la femme retarde de plus en plus la maternité si bien que l'enfant devient "un bien rare et précieux"(4), mûrement réfléchi.

ü     La société post industrielle actuelle avec :

            - l'évolution de la famille restreinte (1 à 2 parents), renfermée sur elle-même,

            - le sentiment fort envers l'enfant avec les parents lui renvoyant  ses propres angoisses

            - et la durée de la formation, qui prolonge de plus en plus l'entrée dans le monde adulte

produirait selon notamment Hannah Arendt(5) et Françoise Dolto(6) à isoler l'enfant; un isolement sociale et psychologique.

 

 

L'accélérateur "Mai 68"… l'enfant participatif

 

ü     Avec l'apport de la psychologie, notamment Françoise Dolto(6), la société prend conscience de la participation possible des enfants dans leur environnement et ouvrent une nouvelle voie fondamentale du rapport "enfant - adulte".

ü     "tout est langage" dit Dolto.  Elle affirme que l'écoute montre que ce que l'autre pense est digne de notre attention. Et lui répondre que même si ce qu'il pense n'est pas réalisable, il a eu raison de le dire. Elle insiste sur l'importance de lieux où l'enfant puisse être écouté pour lui-même et non comme parole de son père ou de sa mère. Ces lieux d'écoute ne l'enferment pas dans un rapport de soumission éducative, et lui crée du lien social.

ü     les experts actuels s'accordent pour dire  qu'"une famille où l'on discute, où l'enfant semble écouté, parait plus favorable à leur épanouissement que l'inverse". Les psychologues et psychiatres nous diront majoritairement, par exemple que le dialogue parent/enfant sur les événements qui surviennent au sein de la famille (arrivée d'un bébé, divorce, etc.) montrent à l'enfant qu'il n'est pas négligé, que cela lui permettra de prendre ses repères face aux changements.

ü     Tout en restant vigilant, car ce nécessaire dialogue ne doit surtout pas influencer des choix et des responsabilités de couples.  Selon Martine Gruère, psychologue, "à confronter les enfants aux problèmes, on risque de leur imposer trop de responsabilités et à trop leur demander ce qu'ils veulent, on s'expose à des problèmes d'autorité". L'adolescent par exemple recherche des adultes (hors des parents) capables de marquer leur différence et de leur montrer le chemin. Attention également à ne pas enfermer la discussion pour obtenir des enfants la réponse dont les parents ont besoin. De même la question en débat doit être une question pour laquelle les enfants se sentent concernés et dont ils perçoivent les enjeux.

 

 

La marchandisation du monde (Aujourd'hui et demain?)… l'enfant proie (7)

 

ü     les enfants sont pour les firmes de futurs clients à fidéliser à tout prix. La visée profonde du « système-pub » est d’inculquer aux futurs citoyens l’idéologie de la consommation, cette autre face indispensable de la « marchandisation du monde »

ü     Dressage du "sujet-consommateur", focalisé sur le mythe du produit salvateur, qui doit doper son existence de jouissance et de puissance. Schéma d’absorption des choses de la vie et du monde, qu’il faut « croquer à pleines dents »

ü     Légitimation d’une violence des pulsions, nommées « envies », et bientôt érigées en « droits de consommer » jusqu'à en détruire notre planète pour les générations futures. Cette empreinte idéologique est aux antipodes de la formation critique du citoyen.

 

Entre l'enfant insignifiant (1 enfant sur 2 vit dans la pauvreté dans le monde dont 2 millions en France), formaté (relent de l'autoritarisme), roi (l'alter égo niant son développement), isolé (l'étouffement socio psychologique), proie (consommateur téléguidé), et l'enfant participatif (acteur de son environnement), les idées dominantes et les situations s'entrechoquent et  Cohabitent. Et donc la participation est  encore un combat! 

La  PARTICIPATION…  des enjeux importants

 

 

Définition                              

ü     Selon le dictionnaire c'est "le fait de prendre part à quelque chose, le rôle que l'on y joue"

ü     notion mise en avant dans la gestion publique renvoyant à la mouvance récente de la démocratie participative. Elle veut définir le rôle du citoyen, mis quelque peu à mal dans nos démocraties représentatives

ü     Née de la mobilisation d'habitants autour de projets de développement local

ü     Des instances de participation pour les adultes ont été mises en place par les pouvoirs publics tels les conseils de quartier, les jeunes et les enfants ont profité également de lieux de participation à travers les conseils municipaux des jeunes et des enfants (environ 1200 sur toute la France) même si ils ne sont pas systématiques (cf. www.anacej.asso.fr)

ü     La participation prend différentes formes de la plus basique : l'information, à la plus aboutie : la co-production, en passant par la consultation, la conciliation et la  concertation

 

 

Si nous tenons à cette notion, c'est qu'elle porte en elle plusieurs enjeux forts pour l'enfant, pour la société, pour le mouvement.

 

 

Des enjeux pour l'enfant :

 

ü     un apport fondamental dans l'évolution de sa place au sein de la société et de la famille

ü     Elle lui élargit son cercle familial, ne l'enferme pas dans un rapport de soumission éducative

ü     Prendre confiance en soi, découvrir ses capacités  ainsi que voir qu'on lui fait confiance est essentiel pour son développement

ü     Le regard des parents, des adultes en général, respectueux, émerveillé, étonné envers son engagement vaut tous les projets éducatifs

ü     Savoir ne pas simplement parler en son nom mais au nom d'un collectif

 

 

Des enjeux pour la société

 

ü     Faire reconnaître l'enfant comme ayant des choses à dire à la société des adultes

ü     L'enfant est appelé à s'investir, à s'engager

ü     Développe la démocratie présente et future

 

 

Références :

 

(1) Philippe Ariès, historien,"L'enfant et la vie familiale sous l'Ancien Régime", Ed. Seuil – 1973

(2) Rencontres Dolto-Ariès – Macroscopie – France culture - 1977

(3) Jean-Jacques Rousseau, écrivain et philosophe,"Emile ou de l'Education", Ed Garnier Frères-Paris-1964

(4) Jacques Vonèche, chef du département de psychologie à l'Université de Genève "la place de l'enfant dans la société", édité par Alfred Lamesch – Ed Université de Bruxelles - 1990

(5) Annah Arendt, philosophe, "La crise de la culture", Ed Gallimard - 1972

(6) Françoise Dolto, psychanalyste, "la cause des enfants", Ed Robert Laffont – Paris – 1985

(7) François Brune, écrivain, article "de l'enfant roi à l'enfant proie" - le Monde Diplomatique - spt 2004

Publié dans Enfance Jeunesse

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