Lundi 6 avril 2009
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«Le débat sur
la surpopulation n'a guère de sens»
30/03/2009 12:12 le journal de l'environnement
Sommes-nous trop nombreux? Titulaire d'une chaire Développement durable-environnement, énergie et société au Collège de France inaugurée au début du mois de mars, le démographe Henri Leridon
estime que, plus que la surpopulation, ce sont les comportements qui sont à remettre en cause.
Vous êtes démographe et vous voyez confier une chaire «Développement durable-environnement, énergie et société». Pourquoi une telle association?
Selon les projections de l'ONU, nous devrions passer de 6,7 milliards d'habitants aujourd'hui, à 9,2 milliards en 2050. Comment les nourrira-t-on? Quel sera leur impact sur l'environnement? Quand
on parle de problèmes d'alimentation, d'eau, de pollution, on commence toujours par mettre en cause la surpopulation.
La préoccupation démographique, d'un point de vue environnemental, est apparue dans les années 1970, où l'on voyait la population mondiale croître au rythme exponentiel de 2% par an, soit un
doublement de la population en 35 ans.
Le programme des Nations unies pour l'environnement (Pnue) et le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du changement climatique (Giec) sont créés peu après. Vient ensuite le
rapport Brundtland en 1987 sur le développement durable. Ce concept connaît un succès rapide, ce qui est rare pour une idée aussi neuve et large. Aurait-elle pu se propager sans la «pression»
démographique?
La croissance démographique suffit-elle à expliquer l'augmentation des atteintes environnementales?
Non, cela n'explique pas tout. Une partie du problème seulement est liée à la démographie. Prenons le cas de l'alimentation. A priori, on peut penser que si la population augmente de 50%, il
faudra augmenter la production de nourriture de 50% pour assurer un niveau équivalent. C'est très insuffisant. Selon la FAO, il faudrait plutôt l'augmenter de 100, voire 200%, d'une part pour
éviter qu'un sixième de la population continue d'être mal nourrie, et d'autre part à cause d'un changement des habitudes d'alimentation, plus carnée, de la population.
S'il faut donc accompagner la tendance spontanée à la hausse du nombre de calories consommées dans une partie du monde, il faudra aussi envisager une baisse dans les autres parties -ne serait-ce
que pour des raisons de santé.
Le monde est-il en surpopulation?
Le débat sur la surpopulation n'a plus guère de sens. Le nombre d'enfants par femme est passé de 5 en moyenne il y a 20 ans à 2,7 aujourd'hui. Comme le niveau de remplacement de la population est
de 2,1, nous avons donc parcouru 80% du chemin vers les conditions d'une stabilisation de la population mondiale.
Par ailleurs, l'ONU estime qu'avec 2,1 enfants par femme immédiatement, nous serions quand même 8,2 milliards d'habitants en 2050. Le capital de croissance qu'a emmagasiné une population est
difficile à réduire, et l'inertie de celle-ci est telle qu'on ne peut pas espérer une diminution rapide de la population, sauf à tuer les gens en masse!
Existe-t-il des politiques «douces» de réduction de la natalité?
L'Inde a mis en œuvre, dans les années 1970, une politique de stérilisation, sinon forcée, du moins accompagnée d'incitations financières telles que les gens pouvaient difficilement y résister.
Politique qui a d'ailleurs été l'une des raisons de la non-réélection du gouvernement d'Indira Gandhi en 1977.
En Chine, le gouvernement n'a pas eu à «subir» la réaction de la population, mais il est certain que des pressions ont été exercées sur les familles après la mise en place de la politique de
l'enfant unique en 1979. La baisse de la fécondité a été très rapide, plus rapide qu'en Inde.
Dans beaucoup d'autres pays, des incitations au planning familial moins contraignantes ont été mises en œuvre, souvent avec des résultats importants, comme en Iran. Dans ce pays, la maîtrise de
la natalité a été encouragée par le pouvoir, mais sans qu'il en fasse la promotion explicite.
Quant aux Français, c'est dès la fin du XVIIIe siècle, qu'ils ont commencé à limiter leur descendance, avec les moyens du bord -comme le retrait-, au point que la fécondité a atteint 2 enfants
par femme à la fin du XIXe siècle, sans politique incitative dans ce sens, bien au contraire.
Quels indicateurs utiliser pour mesurer l'impact de la population sur l'environnement?
Le Pnue s'y intéresse, mais le croisement entre impact environnemental et démographie n'est pas fait suffisamment. Pour ma part, je ne suis pas favorable à la notion d'empreinte écologique. C'est
un indicateur très compliqué et très imparfait. Dire 'nous utilisons deux fois les capacités de la planète' me paraît peu compréhensible, puisque nous vivons bel et bien avec une seule planète!
Ceux qui en font la promotion disent que c'est un indicateur pédagogique, mais je ne trouve pas cela évident...
Il ne faut sans doute pas chercher à caser toutes les atteintes à l'environnement dans un seul indicateur. Mais l'équivalent carbone est déjà plus concret, plus parlant; comme de dire aux gens,
par exemple, quel est le volume de leurs propres déchets ou l'équivalent en eau de la nourriture gaspillée.
En Allemagne ou en Russie, la natalité est en baisse. Pourtant, les émissions augmentent ou stagnent. Y a-t-il forcément corrélation entre baisse de la population et réduction de l'impact
environnemental?
La variable démographique est souvent mise en avant, mais elle n'est pas seule à avoir un impact. Une autre variable-clé est le comportement. Le problème, c'est la marge de manœuvre réaliste
dont nous disposons pour agir sur les comportements.
La consommation d'énergie par habitant est un exemple révélateur: En la matière, il existe un écart de 2 à 1 entre les Etats-Unis et les pays de l'OCDE. Pourtant, s'il faut en croire leur
consommation, les Européens ne sont pas bridés! Il reste donc une énorme marge de manœuvre, et c'est là-dessus qu'il faut se focaliser.
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